Hervé de CHARETTE : Méditerranée et Proche-Orient : l'Europe doit se tourner vers le sud
S.E. Madame Asta SKAISGIRYTE-LIAUSKIENE : Lituanie : une vocation européenne
Florence GAILLARD, Arnaud DUBIEN, Georges LE GUELTE : La défense antimissiles, ou l'éternel retour
Roberto ALIBONI : Sécurité et stabilité : les nouveaux enjeux du Partenariat euro-méditerranéen
Didier BILLION et Karim EL MUFTI : L'axe israélo-turc : une modification de la donne stratégique régionale
William B. QUANDT : Clinton le facilitateur
Miguel Angel MORATINOS : La relation euro-méditerranéenne cinq ans après la conférence de Barcelone
Pierre TERZIAN (entretien) : Le progrès technologique apporte une abondance pétrolière durable
Florence Gaillard, Arnaud Dubien, Georges Le Guelte : La défense antimissiles, ou l'éternel retour
Tout au long de la guerre froide, les États-Unis et l'Union soviétique ont travaillé à la mise au point de défenses anti-missiles. En dépit de difficultés techniques majeures et malgré la signature, en 1972, du traité ABM (Anti-Ballistic Missile), les recherches sur ces systèmes visant à contourner le " blocage stratégique ", qu'a constitué la dissuasion nucléaire, n'ont jamais cessé. Depuis quelques années, plusieurs nouveaux projets ont vu le jour aux États-Unis. Le plus ambitieux d'entre-eux - la National Missile Defence (NMD) - est aujourd'hui au cœur du débat stratégique international et suscite de nombreuses controverses. Alors que, tant les raisons invoquées par Washington pour justifier le déploiement de ce qui apparaît comme une arme essentiellement politique que les arguments de ses détracteurs semblent peu convaincants, il serait souhaitable que l'Europe - jusqu'alors en retrait sur ce dossier - puisse faire entendre sa voix
Roberto Aliboni : Sécurité et stabilité : les nouveaux enjeux du Partenariat euro-méditerranéen
Cinq années après la signature de la Déclaration de Barcelone, le Partenariat euro-méditerranéen devrait, à l'occasion du sommet de Marseille, connaître des avancées significatives. Outre à l'adoption de la Charte euro-méditerranéenne pour la paix et la stabilité, c'est à une véritable renégociation de la Déclaration de Barcelone à laquelle on devrait assister. En effet, on constate le passage d'une conception de la sécurité comprenant principalement une dimension militaire à une approche que l'on pourrait qualifier de Soft Security, c'est-à-dire une conception basée sur des principes de stabilité civile et socio-économique. Néanmoins, les engagements récents de l'Union européenne dans les domaines de la défense et de la sécurité ont suscité quelques inquiétudes chez les pays de la rive sud de la Méditerranée dont le sommet de Marseille pourrait se faire l'écho.
Nadège Ragaru : Les avatars de l'aide internationale dans les Balkans
Dans les Balkans d'aujourd'hui, il ne se passe pas une journée sans que l'on annonce, une réunion d'experts sur les Balkans. L'heure est, il est vrai, à la reconstruction. On concédera par ailleurs que le déploiement d'une aide internationale à l'Europe du Sud-Est ne constitue pas, en soi, un phénomène radicalement nouveau. Depuis la chute des régimes communistes en Europe de l'Est et l'éclatement de la Yougoslavie, la communauté internationale y a d'ores et déjà mis en œuvre de nombreux programmes d'aide à la démocratisation et au marché. Mais c'est par son ampleur, par son ancrage dans la durée et par ses effets cumulatifs que la présence internationale dans les Balkans mérite une attention nouvelle. Car après dix années de tâtonnements, il semblerait que fassent encore largement défaut les instruments permettant de penser les effets à moyen terme du déploiement de programmes d'aide dans les sociétés balkaniques. En particulier, nul ne semble s'être penché sur leurs incidences au niveau des processus de genèse des inégalités sociales ou de consolidation des systèmes politiques émergents. Si la communauté internationale envisage réellement un investissement durable dans la région, l'élaboration de grilles d'analyse de ces effets induits apparaît donc urgente
Marc Lavergne : Le monde arabe face aux défis de la mondialisation
Le monde arabe n'échappe pas à la mondialisation de l'économie, phénomène planétaire s'il en est. Mais les résistances qui contrecarrent son plein épanouissement sont nombreuses. Aussi bien le système économique que la société arabes manifestent une évidente inertie à l'égard de la mondialisation. Toutefois, sa progression est indéniable. Le FMI et les grands ensembles géopolitiques de la planète ont beaucoup fait pour généraliser des politiques économiques et sociales favorables au libéralisme. Le résultat tient dans une transformation profonde des pays arabes. Leurs sociétés se divisent entre de nombreux laissés-pour-compte et une bourgeoisie de plus en plus occidentalisée. Pour pallier les tensions résultant d'une telle dualité, les gouvernants s'efforcent désormais de démocratiser le pouvoir politique
Olivier Roy : Les mouvements islamistes en recherche d'identité
Les années 80 ont représenté la période d'apogée des mouvements islamistes dont l'objectif était la conquête du pouvoir au nom d'un islam conçu comme idéologie politique. Néanmoins, contrairement, à ce qui a pu être énoncé, la menace islamiste n'a jamais atteint la dimension qu'on lui a attribuée. Devenu principalement nationaliste, le mouvement islamiste se caractérise par la volonté, pour certaines franges, de s'intégrer au jeu politique traditionnel, mais également par l'apparition d'une mouvance radicale d'un nouveau type. Ces mutations en cours ne sont pas, cependant, dénuées de contradictions ; le problème étant, aujourd'hui, pour le courant islamiste, de trouver un langage réformiste pour rationaliser son positionnement. Enfin, il importe de remarquer que ce renouveau de la pensée politique islamiste apparaît comme relativement disparate selon les États
Olivier Da Lage : Machrek : le défi démographique
Les mutations démographiques en cours au Machrek viennent considérablement bouleverser la donne politique dans la région. Confrontés à des changements radicaux, les États concernés doivent faire face à des situations sociales et politiques délicates. Si la période actuelle est fortement marquée par les successions à la tête de certains pays, et donc par les risques d'instabilité que cela crée ; en revanche, le défi majeur semble résider dans le décalage important entre une population de plus en plus jeune et des autorités politiques peu enclines à prendre la mesure exacte des problèmes liés à cette catégorie sociale. Seule une prise en compte effective des attentes de cette population pourra permettre d'éviter des troubles sociaux qui semblent actuellement inéluctables
Victor Manceron : Juifs et Arabes entre guerre et paix
Dix ans après l'effondrement de l'URSS, le renouvellement des générations et l'arrivée de nouveaux leaders politiques dans certains États arabes contribuent, semble-t-il, à accélérer les mutations inévitables liées au phénomène de mondialisation. Dans ce contexte, le processus de paix israélo-arabe semble porter en germe les éléments d'un véritable changement des systèmes et des représentations. En effet, il apparaît désormais nécessaire de dépasser une culture de guerre, qui détermine encore de nombreux comportements pour une véritable culture de paix. À ce sujet, le processus de paix est d'une importance capitale dans la mesure où il permet de reléguer le conflit israélo-arabe à l'arrière-plan des préoccupations au profit de l'émergence de nouveaux centres d'intérêts et de nouveaux acteurs
Didier Billion et Karim El Mufti : L'axe israélo-turc : une modification de la donne stratégique régionale
Depuis la signature des accords israélo-palestiniens en 1993, Israël et la Turquie ont entamé un rapprochement notoire : de relations diplomatiques fort ténues, on est passé à une entente stratégique et à une importante coopération militaire et économique. Les accords de coopération signés entre les deux États en 1996 ont des conséquences géopolitiques sur l'ensemble moyen-oriental et engendrent, il est vrai, des incertitudes nouvelles dans un monde arabe toujours à la recherche de son unité. Cette nouvelle alliance pourrait conduire à un nouveau système de sécurité collectif autour du bloc Israël-Turquie. Les États-Unis confieraient ainsi à l'axe israélo-turc la sécurité et la stabilité du Moyen-Orient. Deux conditions indispensables pour s'assurer que la route du pétrole reste sans encombres.
William B. Quandt : Clinton le facilitateur
Aucun président américain n'a jamais pris ses fonctions dans un contexte aussi favorable pour faire avancer la paix entre Israël et ses voisins arabes que Bill Clinton. Néanmoins, au moment où il prenait ses fonctions le Président américain paraissait relativement inexpérimenté en matière de politique étrangère et son approche sur le Moyen-Orient demeurait un mystère. Au terme de sa présidence, quel bilan peut-on tirer de la politique de Bill Clinton au Moyen-Orient ? Celui-ci reste mitigé ; en effet, si Clinton et son équipe ont consacré un temps et une énergie considérables pour faire avancer la paix, on ne peut s'empêcher de penser, eu égard aux conditions initiales fort prometteuses, qu'ils auraient pu faire davantage, notamment lors du premier mandat
Miguel Angel Moratinos : La relation euro-méditerranéenne cinq ans après la conférence de Barcelone
Les pays et les peuples riverains de la Méditerranée ont rarement connu la stabilité. Réfugiés et déplacés ont toujours été légion. Les conflits d'aujourd'hui s'inscrivent dans cette continuité. La conférence de Barcelone est un projet de paix Nord-Sud dont la principale caractéristique est de mettre en place une zone de libre-échange et de stabilité qui devrait voir le jour en 2010. Ce projet ambitieux d'échanges contractuels peine à se mettre en place. L'Union européenne (UE) est accaparée par son élargissement vers l'Est. Le Sud méditerranéen, plus volontiers individualiste, renâcle à faire sienne la philosophie unificatrice et communautaire que lui tend l'UE. La France, l'Espagne et l'Italie pourraient être les moteurs de la Méditerranée en Europe. L'Union européenne doit tenir compte de l'existence d'autres diplomaties, notamment américaine, qui sont à l'œuvre en Méditerranée et qui peuvent modifier son projet. À l'égard des migrations, qui sont au cœur des relations Sud-Nord, l'Europe pourrait faire preuve d'inventivité et concevoir une gestion communautaire de la circulation des personnes
Tony Allan : La question de l'eau au Moyen-Orient : mythe ou réalité
Les 300 millions d'habitants du Moyen-Orient ont été les premiers à manquer d'eau aux alentours de l'année 1970. Les pays du Golfe, la Jordanie et Israël avaient eux aussi épuisé leurs réserves quelques décennies auparavant, mais c'est dans les années 70 que l'ensemble de la région n'a plus eu assez d'eau pour répondre aux besoins de la population du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord. Au cours des trois dernières décennies du XXe siècle, les journalistes n'ont cessé de rappeler que l'épuisement de ressources pouvait conduire à des conflits et peut-être même à des conflits armés. À l'occasion, certains politiciens ont, eux aussi, déclaré que la question de l'eau pouvait provoquer un tel conflit. Mais la présomption selon laquelle la prise de conscience du problème de l'eau serait probablement suivie par des conflits, s'est révélée non fondée. La région a réussi à satisfaire ses besoins en eau en ayant recours aux ressources d'eau mondiales. Elle a ainsi pallié son manque d'eau en important de l'" eau virtuelle ".
Pierre Terzian : Le progrès technologique apporte une abondance pétrolière durable
Au cours de l'année 2000, on a pu constater combien le marché pétrolier continuait à être sensible à l'évolution de la situation politique dans la région du Golfe. L'actualité récente, notamment l'augmentation des cours du pétrole, a également permis à l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) de faire un retour remarqué sur la scène internationale. En outre, le progrès technologique est à l'origine d'une abondance pétrolière qui rend hypothétique un troisième choc pétrolier, notamment du fait de la mise en exploitation de nouvelles réserves. Certes, un choc est toujours possible ; néanmoins, cela tiendrait davantage à des questions liées aux capacités de production qu'à un problème de réserves
Diaa Rachwan : Redéfinition du rôle stratégique de l'Égypte
Le discours sur la redéfinition du rôle stratégique de l'Égypte a commencé à s'imposer avec le début des négociations concernant le processus de paix israélo-arabe, entamé lors de la conférence de Madrid, en 1991. On a ainsi pu constater qu'il existait une relation directe entre le lancement de la procédure de règlement du conflit israélo-arabe et le nouveau rôle stratégique de l'Égypte. Toutefois, si ce lien est évident, il importe de ne pas négliger la dimension historique de ce rôle stratégique égyptien dans la région. C'est avec plus ou moins de réussite, d'efficacité et d'influence que ce rôle s'est exprimé par le passé. Néanmoins, à l'heure actuelle, tant sur un plan politique, économique que culturel ce rôle tend à être remis en cause par d'autres acteurs. Cette tendance risque d'ailleurs de s'accentuer une fois le conflit israélo-arabe définitivement réglé
Daniel Bensimon : Israël et sa révolution laïque
Le 20 août 2000, Ehoud Barak a fait part de son intention de " laïciser " Israël. Les partis ultra-orthodoxes, qui ont fini par devenir une véritable force politique incontournable, crient à la " trahison " et militent contre l'idée d'une " révolution laïque ". Le problème est de savoir si les identités juive et israélienne sont compatibles. En effet les habitants d'Israël sont confrontés à un problème d'identité nationale que veut tenter de résoudre Barak en supprimant les avantages acquis par les religieux lors de la création de l'État hébreu. L'égalité des citoyens israéliens, juifs ou non juifs, est le premier pas d'Israël sur le chemin vers une nation " moderne ". La " révolution laïque " a pour but de supprimer la menace orthodoxe qui, dans l'opinion publique israélienne, prime aujourd'hui la menace palestinienne
Morad Saghafi : L'islam ou la politique : l'Iran doit-il choisir ?
De toutes les caractéristiques qui constituent une République, il en est une que la République islamique d'Iran peut se vanter d'avoir respectée, c'est la tenue d'élections et le recours au suffrage universel. Cette évolution ne doit toutefois pas être séparée du rôle qu'a joué l'islam dans ce processus. L'islamisme, en tant que discours toléré, a constamment accompagné l'évolution de la société. Il existe donc un rapport permanent entre le champ politique et le champ religieux, ce dernier occupant, pendant plus de dix ans, une place prédominante. Toutefois, les choses changent, et l'activité des intellectuels musulmans a fortement contribué à modifier le rapport entre politique et islam. Néanmoins, ces mutations ne signifient pas la disparition d'un des deux éléments du débat. Au contraire, la voie démocratique, dans laquelle l'Iran s'est engagé, exige le maintien des deux référents.
Samy Yamoun : Perceptions libanaises du retrait israélien
Le Liban est le seul voisin d'Israël qui, au lendemain de la défaite de 1967, n'entretient pas de différend territorial avec l'État hébreu. Le Sud-Liban est pourtant, depuis trente ans, le champ des affrontements israélo-arabes et représente un enjeu essentiellement sécuritaire aux yeux des Israéliens. En 1982, les dirigeants israéliens gagnent une première partie en obtenant le départ des combattants palestiniens et la mise à l'écart des troupes syriennes du pays. Cette victoire sera cependant de courte durée car le Liban constitue une carte maîtresse dans la stratégie régionale de la Syrie. Jouant une communauté contre l'autre, les Syriens vont réintégrer le jeu politique libanais en instrumentalisant la résistance chiite au sud à leurs propres fins. En retirant ses troupes du sol libanais en mai 2000, Ehoud Barak a tiré les leçons de 22 ans d'occupation au Liban et ôté la carte libanaise du jeu syrien. Désormais, les règles ont changé, la Syrie se retouve en première ligne face à l'État hébreu et ne pourra faire l'économie d'une refonte complète de sa stratégie dans la région.