ANALYSES

Pas de fauteuil pour deux à l’ONU

Correspondances new-yorkaises
2 avril 2019


La présidence française annuelle du Conseil de sécurité des Nations unies vient de s’achever avec l’adoption à l’unanimité par celui-ci d’une résolution dans laquelle il est demandé aux États membres d’accroître la coopération internationale pour mieux lutter contre le financement du terrorisme.

Ce dossier défendu par la France était une de ses priorités pour cette présidence 2019. Il s’agit donc ici d’un joli succès.

Bien d’autres sujets ont également occupé le Conseil tout au long de ce mois de mars :  la Syrie, le Yémen, le Mali et plus largement le Sahel, le Soudan du Sud, la République démocratique du Congo, le Burundi, Haïti, le Venezuela… Sans oublier la question du Sahara occidental et bien évidemment le combat contre le réchauffement climatique.

Et pourtant, l’intérêt des médias mainstream en France et ailleurs s’est principalement porté durant la présidence française comme au cours des semaines qui ont l’ont précédées, sur une fake news lancée par Marine Le Pen, annonçant que la France était prête à céder son siège permanent au Conseil de sécurité au profit de l’Allemagne. Fake news se basant sur le détournement d’une déclaration faite l’automne dernier par le vice-chancelier allemand Olaf Scholz qui suggérait, certes maladroitement, que la France abandonne son siège de membre permanent au Conseil au profit de l'Union européenne… et non de l’Allemagne !

Interrogée ensuite par CNews, le 18 janvier sur le traité d’Aix-la-Chapelle que l’on s’apprêtait alors à signer, Marine Le Pen  affirmait qu’il s’agissait d’un texte très grave, affaiblissant selon elle la France  et reléguant celle-ci  en seconde division sur la scène internationale. Elle enfonça le clou à quelques jours d’intervalle, cette fois-ci sur BFM-TV,  en déclarant : « Emmanuel Macron est en train de vendre notre pays à la découpe. (…) Il envisage en réalité, à terme, de partager notre siège au Conseil de sécurité avec l’Allemagne. Et peut-être même de partager notre puissance nucléaire avec celle-ci. »

Bien évidemment tout cela est faux, la France et l’Allemagne s’accordant uniquement pour coopérer au sein de l’ONU et pour tenir une position commune dans les négociations sur une future réforme du Conseil de sécurité. Quant au traité d’Aix-la-Chapelle en lui-même, il ne change rien en ce qui concerne le siège français au Conseil de sécurité. Peut-on en revanche en interpréter l’article 8 comme un pas vers la relégation de la France au second plan au sein des instances onusiennes ? À bien lire le texte, il n’est absolument pas question de « partager le siège de la France », comme l’affirme Marine Le Pen, mais plutôt de tendre vers l’admission de la République fédérale d’Allemagne en tant que membre permanent.

Cette demande est formulée de longue date par l’Allemagne, ainsi que par le Japon, l’Inde et le Brésil. Ces quatre pays estiment à raison peser suffisamment lourd sur la scène internationale pour mériter un siège permanent au sein du Conseil de sécurité. Dans ce contexte, la France est tout à fait favorable à ce que Berlin s’installe à la table des membres permanents du Conseil, comme l’expliquait récemment François Delattre, l’ambassadeur français aux Nations unies. La diplomatie française considère en effet que ce serait une bonne chose pour Paris, dans le sens où une telle décision renforcerait la présence européenne dans le Conseil de sécurité.

Quant à la pseudo co-présidence franco-allemande du Conseil ce printemps, encore une fois, une fake news de populistes en campagne. Les deux pays n’ont fait ici que saisir l’opportunité d’un calendrier où ils occupent successivement la présidence mensuelle du Conseil de sécurité en mars puis en avril, afin de porter ensemble et au mieux plusieurs initiatives conjointes.

On ne peut donc que regretter une nouvelle fois que l’attention du public, ainsi que les critiques des médias, n’aient pas été dirigées vers des sujets plus constructifs. Au lieu de tergiverser autour des élucubrations de Le Pen ou même d’un siège européen qui ne pourrait avoir de sens que si l’UE se dote un jour d’une politique étrangère commune, il eut été plus judicieux de dénoncer la mauvaise volonté à laquelle se heurtent les efforts de la France et dont font preuve certains des cinq grands concernant l’élargissement du Conseil de sécurité à de nouveaux membres permanents. Réforme serpent de mer annoncée et sans cesse repoussée depuis la fin de la guerre froide et qui pourtant seule pourrait relégitimer l’ONU… Et donc par-là contribuer à sauver un système multilatéral en pleine déliquescence.

Par ailleurs, si l’on voulait parler sérieusement d’affaiblissement de la France et de sa relégation en seconde division, il serait plus utile de s’intéresser au dossier vénézuélien et de pointer du doigt le triste et récent alignement de Paris sur les États-Unis dans cette crise avec la reconnaissance de Juan Guaidó comme président par intérim. Pour Emmanuel Macron qui aime à poser pour la photo avec un certain volume de la Pléiade sur son bureau, afficher dans cette affaire une position semblable à celle du président mexicain Obrador, c’est-à-dire d’arbitre, aurait sans aucun doute été plus gaullien.
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