L’impact des lois japonaises sur l’organisation du système de santé militaire

  • Éric Seizelet

    Éric Seizelet

    Professeur émérite, Université Paris-Diderot, Centre de recherche sur les civilisations de l’Asie orientale

En septembre 2015, le Parlement japonais adoptait un paquet de mesures législatives reconnaissant le principe de l’autodéfense collective, ouvrant la possibilité pour les Forces d’autodéfense japonaises (FAD) de participer plus largement à des opérations de sécurisation internationale même en dehors de l’ONU, et de prendre part à des opérations de secours rush and rescue touchant les ressortissants nationaux, les ONG et les populations civiles menacées ou attaquées par des groupes armés. Ces dispositifs venaient couronner toute une série de mesures mises au point par le PLD au pouvoir, depuis les années 1990, afin de diversifier les missions des FAD, en particulier opérant à l’étranger. L’objectif était de permettre au Japon de prendre sa part de responsabilité dans la stabilisation de l’ordre international après la fin de la guerre froide, de renforcer l’alliance militaire avec les Etats-Unis, de mieux gérer les situations de crise pouvant conduire à un conflit armé et de mettre en place un «pacifisme pro-actif» qui se déprenne de l’immobilisme et de l’impuissance politique auxquels une lecture étroite des contraintes constitutionnelles – qui faisaient obstacle à la reconstitution de la puissance militaire de l’archipel – le condamnait. En d’autres termes, le temps était venu de « faire passer la Jieitai d’une force qui existe à une force qui agit[1] ». Ces évolutions avaient été rendues possibles du fait de la vulnérabilité persistante du Japon face à un environnement régional caractérisé par la montée en puissance de la Chine dans tous les compartiments du hard et du soft power, et le programme nucléaire et balistique nord-coréen, mais aussi par des évolutions de politique intérieure qui avaient conduit à la marginalisation progressive, à la Diète, des forces de gauche rétives à un réalignement de la politique de défense et de sécurité, incompatible, selon elles, avec le dogme du pacifisme constitutionnel…