ANALYSES

Relancer la défense franco-allemande

Co-écrit avec Hilmar Linnenkamp et Marcel Dickow, Conseiller et directeur de la division recherche sur la sécurité internationale à la Stiftung Wissenschaft und Politk (SWP).

François Hollande et Angela Merkel n’ont guère eu l’occasion de se quitter au cours des derniers mois. De l’accolade lors de la marche du 11 janvier au survol du crash de Germanwings ce mercredi ; des plages de Normandie en juin aux négociations conduites à Minsk avec le président Poutine : le contexte politique et l’émotion des circonstances ont rapproché les dirigeants des deux pays. Entourés de leurs ministres, ils se retrouveront à Berlin la semaine prochaine, pour un sommet franco-allemand qui sera l’occasion de cimenter une relation que la crise économique avait contribué à ébranler.

Le moment est d’importance. Absorbé par les élections législatives sur la scène domestique, le Royaume-Uni est durablement satellisé dans le domaine diplomatique. C’est au couple franco-allemand qu’échoit la responsabilité de guider l’action européenne. Afin de clarifier la réponse européenne face aux répercussions de la crise ukrainienne, les chefs d’état de l’Union se réuniront en juin. C’est l’occasion pour le couple franco-allemand de prendre enfin ses responsabilités en matière de défense.

Un changement de cap s’est dessiné en Allemagne. Du président à la ministre de la défense, un consensus émerge qui pousse le pays à prendre davantage de responsabilités dans un contexte international bouleversé. La semaine passée, la ministre a annoncé une augmentation du budget de défense allemand que la population paraît soutenir.

La défense est un domaine naturel de la relation franco-allemande. Deux laboratoires de réflexion français (l’IRIS) et allemand (la SWP) publient un état des lieux complet de la relation franco-allemande en la matière. Ils concluent que le fossé qui sépare les perspectives politiques et militaires des deux pays se résorbe et expliquent comment réduire cette fracture encore davantage. L’abcès le plus paralysant demeure l’absence de nouveaux, grands projets concrets, dotés d’une visibilité et d’un soutien politique au plus haut niveau.

Les stéréotypes sont autant d’excuses pour ne rien faire : au manque d’appétence allemand pour l’usage de la force armée répondrait le tropisme va-t’en guerre français. Quand l’industrie d’armement française serait étatique et protectionniste, l’industrie allemande rechignerait à vouloir pour l’Europe une autonomie stratégique.

En réalité, c’est aujourd’hui qu’il faut imaginer le prochain grand groupement industriel, le prochain char ou le prochain drone. Le coût et les inconvénients que génère l’absence de coopération sont souvent plus importants que les efforts que la coopération requiert. Sans la collaboration qui a conduit à développer l’Airbus A 400M, il n’existerait pas d’avion de transport européen. Les Etats européens laissent volontiers subsister l’illusion qu’un pays peut aujourd’hui développer un gros programme isolément. En réalité, le choix qui se présente à eux le plus souvent consiste à développer en coopération ou bien à ne pas développer. Le futur char de combat sera franco-allemand et européen ou bien ne sera pas. L’absence de coopération persistant dans le domaine des drones a conduit les Européens à acheter du matériel américain. C’est au couple franco-allemand qu’il revient de lever l’hypothèque – et d’entrainer l’Europe dans son sillage.
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