ANALYSES

Y a-t-il trop de candidats à l’élection présidentielle ?

Presse
4 mars 2022
Interview de Jean-Yves Camus - Ouest France
Estimez-vous qu’avoir onze voire douze candidats à l’élection présidentielle, c’est trop ?

Trop ou pas, je ne sais pas, il y a une règle qui est celle des 500 parrainages, les choses sont donc ainsi. Le seuil des 500 parrainages est d’ailleurs très convenable, selon moi. Néanmoins, je suis assez favorable au fait qu’il y ait un large choix de candidats. Je préfère cela plutôt que l’élection devienne comme aux États-Unis, où seuls les deux principaux partis politiques sont représentés. Le modèle français donne la place à tous les partis, et je trouve que c’est une bonne chose que tous puissent être représentés.

Ce n’est pas un record : en 2002, seize candidats étaient en lice au premier tour. Estimez-vous que cela avait été préjudiciable au scrutin ?

La configuration de 2002 est intéressante mathématiquement : l’émiettement des candidatures à gauche avait nui à Lionel Jospin, qui n’était pas passé au second tour. Et cet émiettement de la gauche avait aidé Jean-Marie Le Pen. Et c’est forcément en partie cet émiettement de la gauche qui a gonflé le nombre de candidats à se présenter… La configuration du second tour a donc en partie été induite par le nombre élevé de candidats.

Est-ce que nous devrions donc nous attendre à des similitudes avec l’élection présidentielle de 2002 ?

Effectivement, nous devrions voir beaucoup de similitudes avec 2002. L’image du second tour est d’ores et déjà assez fixée, elle se cristallise à plus d’un mois du scrutin, même si la campagne n’est pas terminée. Et cette image a bien des ressemblances avec ce qui s’est passé il y a vingt ans. En effet, le passage d’Emmanuel Macron au second tour semble acquis. Et Marine Le Pen conforte ses positions.

Vous décrivez une issue quasi certaine. Quelles sont donc les inconnues ?

Ce qu’on ne sait pas encore, c’est quel sera le score de Marine Le Pen. Pour l’instant, les sondages estiment qu’elle ferait 44 à 45 % des voix au second tour. Ce serait un gain de 11 à 12 % par rapport à 2017, où elle avait fait plus ou moins 33 %. Des estimations importantes, alors que beaucoup de candidats pensent que la candidature de Marine Le Pen est plutôt en berne.

Le second tour du scrutin ressemblerait donc également au second tour de la présidentielle de 2017. Selon vous, les électeurs pourraient faire barrage à Marine Le Pen, comme cela avait été le cas ?

Eh bien, la possibilité que les électeurs de gauche, contrairement à 2017, ne se déplacent pas pour faire barrage à Marine Le Pen, est bien réelle. Et cela parce qu’ils sont assez nombreux à ne pas vouloir voter pour Emmanuel Macron, qui est aussi très mal aimé par une partie de l’électorat.

Outre le nombre record de candidats, la présidentielle de 2002 avait aussi enregistré, pour l’époque, une abstention massive et des records de votes blancs et nuls. Est-ce lié au grand nombre de candidats ? Doit s’y attendre à la même chose en 2022 ?

Je ne suis pas persuadé qu’un nombre important de candidats explique les votes blancs et l’abstention. Cela est plutôt causé par le début de la désaffection vis-à-vis du vote, par la crise de conscience de la capacité de la politique à changer la vie… Pour cette élection de 2022, le vrai risque c’est l’abstention. La période n’arrange rien, la fatigue démocratique est tendancielle et pas qu’en France.

Et estimez-vous qu’autant de candidats, notamment à gauche, c’est un boulevard pour Emmanuel Macron ?

Le nombre de candidats élevé et surtout l’émiettement de la gauche sont en effet son avantage principal. En tous les cas, ce grand nombre de concurrents ne lui est pas défavorable, bien que son socle électoral soit assez constant, il n’a pas d’immenses variations.

 

Propos recueillis par Mathilde LE PETITCORPS pour Ouest France.
Sur la même thématique
Diplomatie culinaire et gastrodiplomatie
L’agriculture pour nourrir le futur
Géopolitique de la nature