ANALYSES

La crise vénézuélienne attisée par les pompiers incendiaires de la « Communauté internationale »

Tribune
25 janvier 2019


Le président de l’Assemblée nationale vénézuélienne, participant à une manifestation publique d’opposants le 23 janvier 2019, du haut d’une tribune, s’est auto-proclamé à la surprise générale chef de l’État. Pourquoi pas ? Tout va de mal en pis en terres vénézuéliennes qui alternent depuis des années les coups fourrés institutionnels et politiques croisés venus des opposants comme des autorités.

L’opposition n’a jamais admis l’arrivée au pouvoir de Hugo Chavez en 1999. Lui déniant toute légitimité, ainsi qu’à son successeur, Nicolas Maduro, elle a alterné initiatives légales et illégales. Usant parfois de l’arme de la violence : tentative de coup d’État en 2002, grève insurrectionnelle pour déstabiliser la société pétrolière PDVSA en 2003, appels à prendre la rue en 2014 et en 2017. Recourant au vote en d’autres circonstances : forçant l’organisation d’un référendum de destitution du président Chavez en 2004, boycottant quelques élections législatives en 2005 et 2018, en perdant plusieurs et en gagnant une en 2015.

Le pouvoir a lui aussi louvoyé entre légalité et manipulations institutionnelles. À son crédit, l’organisation régulière de consultations, répondant au calendrier officiel dans la majorité des cas, mais aussi se pliant en 2004 aux contraintes constitutionnelles et électorales saisies par l’opposition. À son débit, les instruments de l’État mis au service des candidats officiels, la nomination de juges constitutionnels amis en 2016, l’élection d’une assemblée constituante en 2017 qui a rapidement dessaisi de ses compétences l’Assemblée nationale en exercice.

Ces dénis réciproques, soldés par des violences, ont ôté toute possibilité de fabriquer des compromis démocratiques. Faute de reconnaissance mutuelle par ses acteurs antagonistes, la démocratie vénézuélienne, doublement manipulée, a perdu légitimité et capacité à régler pacifiquement les différends.

Le recours à une médiation extérieure seule pourrait permettre peut-être de remettre les pays sur un rail démocratique. C’est le sens du communiqué commun rendu public le 23 janvier par le Mexique et l’Uruguay. C’est aussi le point de vue que défendent, à Bruxelles, l’Espagne et le Portugal. Le président du gouvernement espagnol est attendu à Mexico le 30 janvier 2019.

Mais ce n’est pas la ligne diplomatique suivie par la « communauté internationale ». À la suite d’alternances à droite au sommet des États, 13 pays latino-américains et le Canada ont constitué en 2017 un groupe, dit de Lima, élaborant des stratégies anti-vénézuéliennes agressives. Les pays de ce groupe, abandonnés par le Mexique, mais rejoints par l’Équateur, ont décidé le 24 janvier 2019 de reconnaître la légitimité de Juan Guaidó, président auto-proclamé dans la rue.

Conformément à sa règle de conduite, le président des États-Unis, Donald Trump, a approuvé, à distance, sans participer à ces cénacles multilatéraux fussent-ils de gouvernements amis. Délégant à celui qui apparaît de plus en plus comme son porte-parole continental, Luis Almagro, secrétaire général de l’OEA, l’organisation des États américains, le soin de coordonner Argentine, Brésil, Canada, Chili, Colombie, Costa Rica, Équateur, Guatemala, Honduras, Pérou et Paraguay.

Cette hâte à reconnaître la légitimité d’un président élu par acclamation de manifestants, fussent-ils nombreux, surprend à plus d’un titre. On ne comprend pas, si l’on souhaite réhabiliter le droit, ce recours à la rue pour asseoir une légitimité démocratique et contester les glissements inconstitutionnels du pouvoir en place ? Il est par ailleurs permis de douter des vertus apaisantes de cette proclamation, qui s’apparente à une provocation calculée. Reconnaître le bien-fondé de l’initiative et accorder une légitimité à un tel acte n’apportera aucune solution à la crise. Mais ce qui peut-être est le plus préoccupant est que cette décision porte un grave coup au bon fonctionnement de la société internationale.

Le Mexique et l’Uruguay ont rappelé quelques principes de bon sens : « La non-intervention, l’autodétermination des peuples, la solution pacifique des différends, la lutte pour la paix et la sécurité internationale. (..) Les gouvernements du Mexique et de l’Uruguay en syntonie avec les déclarations de l’ONU et de l’Union européenne, (..) les gouvernements de l’Espagne et du Portugal, manifestent leur plein appui, leur engagement et leur disposition à travailler de concert en faveur de la stabilité, du bien-être et de la paix du peuple vénézuélien ».
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