ANALYSES

« Il est urgent d’accueillir l’Ukraine dans l’UE »

Presse
4 mai 2022
Par Thierry Jeantet, président du Think Tank « Mouvement d’Action et Réflexion pour les Réformes sociales », Philippe Laurette, président d’honneur de l’association Jean Monnet et Edouard Pflimlin, chercheur associé à l’IRIS.
Répondant à la demande du Conseil européen réuni à Versailles le 10 mars, la Commission européenne a engagé sans délai le processus conduisant à l’ouverture des négociations en vue de l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne, ce dont il faut se réjouir. En se rendant personnellement à Kiev le 8 avril au lendemain des sinistres découvertes de massacres russes à Boutcha, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, s’est engagée à remettre au Conseil européen avant l’été l’avis qui doit donner le top départ aux négociateurs. Pour elle, « ils sont des nôtres et nous voulons qu’ils soient à l’intérieur ».

Ce geste fort, remarquable, est important. Mais il risque malheureusement de rester symbolique. Il ne fait que rendre possible à l’Ukraine de suivre le processus formel prévu par les textes. Or un tel processus peut exiger plusieurs années, plus d’une décennie dans le cas des adhésions les plus récentes des pays d’Europe centrale et orientale. À la phase d’approbation initiale de l’ouverture des négociations s’ajoutent une phase très longue d’examen technique puis une phase finale de ratification. Toutes les institutions de l’UE et tous ses États membres sont impliqués dans chaque étape. Une telle lourdeur est-elle concevable alors que l’Ukraine, dont les habitants sont nos compatriotes européens, est en situation d’urgence absolue ? Le président Zelensky demande à juste raison de bénéficier d’une procédure spéciale exceptionnelle.

Pas d’adhésion au rabais

Il ne peut être question d’accorder une adhésion au rabais, source ultérieure de malentendus et de frustrations. Les signataires demandent en revanche aux responsables des institutions européennes de tout mettre en œuvre pour que dès 2022 soient enclenchées les dispositions dites de préadhésion. Ces dispositions garantissent à un pays candidat les aides financières et les appuis techniques d’équipes européennes plurinationales lui permettant de répondre au mieux aux exigences de l’adhésion. Les signataires demandent que ces financements et ces équipes soient déployés dès qu’un premier accord de paix aura pu être agréé, avec une ampleur exceptionnelle correspondant à l’état des dommages matériels et humains subis par l’Ukraine, qui se chiffrent en centaines de milliards d’euros et dizaines de milliers de victimes civiles et militaires.

Faire une telle annonce aujourd’hui serait donner à la fois un signe de confiance au peuple ukrainien sur sa capacité à se reconstruire, une réponse claire à son désir d’être des nôtres, un horizon pour son avenir au-delà de la guerre, bien dans la nature même et dans la vocation de l’Union européenne, une union sans cesse plus étroite entre les peuples européens. Réaliser effectivement un tel geste serait aussi donner ses meilleures chances à l’aboutissement rapide de l’adhésion elle-même.

Irriter Poutine

Alors bien sûr, il va nous être dit que cela peut irriter le président de la Russie, Vladimir Poutine ! Mais soyons sérieux la détermination de l’UE doit être supérieure à la sienne, qui a pour conséquences le morcellement recherché, l’anéantissement même de la nation ukrainienne, le massacre de populations de ce pays et la déstabilisation programmée du continent européen. Une UE trop prudente deviendrait involontairement imprudente, sûrement complice de fait par son inaction et son aveuglement. Aveuglement qui conduira à sa propre disparition, on peut le craindre.

Il nous sera signifié par ailleurs qu’il y a d’autres pays candidats qui sont dans l’attente. Ceux qui sont les plus menacés par les ambitions russes nostalgiques de l’Empire russe et de l’ex-URSS devront être pris en compte de la même façon

UE « trop large » ?

Ensuite, il va être prétendu que l’UE devient « trop large » ; belle occasion au contraire pour, parallèlement, réfléchir à une fédéralisation de l’UE renforçant sa dynamique et en fait son unité. Une fédéralisation qui devra aborder les éléments économiques, sociaux et politiques, défense et diplomatie communes notamment.

Enfin et surtout, l’acceptation de nouveaux membres au sein de l’UE doit être accompagnée de l’organisation d’une conférence internationale sur la paix en Europe et dans le monde. Il faut faciliter la naissance d’un front des pays alignés sur la paix et favoriser le désarmement notamment nucléaire, dont on voit dans la crise actuelle les menaces que l’arme atomique fait peser. Puisse la présidence française continuant d’être assumée par le président Macron soit en mesure d’accélérer radicalement l’adhésion de l’Ukraine à l’UE.

 

Une tribune publiée par La Croix.

 
Sur la même thématique
Judy Asks: Is Finnish and Swedish NATO Membership Useful for European Security?