ANALYSES

Coronavirus et confinement : que dire à ses enfants ?

Presse
18 mars 2020
Interview de Anne Sénéquier - Le Point
Comment expliquer l’épidémie à ses enfants ?

l n’est pas question de leur faire peur, mais les enfants doivent pouvoir comprendre pourquoi tout le monde parle du coronavirus, pourquoi leur école a fermé ou encore pourquoi ils ne peuvent pas rendre visite à leurs grands-parents. Pour cela, il faut nommer les choses pour ce qu’elles sont, parler de l’épidémie de façon factuelle – avec le vocabulaire adapté à chaque âge. Mais il faut au préalable s’informer soi-même. Si votre enfant vous trouve trop “flou” sur le sujet, il ne vous fera pas confiance et risque d’aller chercher l’information ailleurs. Et notamment sur les réseaux sociaux où foisonnent les fausses rumeurs.

Comment répondre à leurs questions si l’on est soi-même inquiet ?

Il ne faut pas être trop alarmiste, ce qui les rendrait anxieux. Mais il ne s’agit pas, non plus, de minimiser la situation – les enfants ne sont pas dupes et savent bien que l’on ne ferme pas les écoles pour lutter contre une grippe. Il faut faire l’effort, pour eux, de se situer dans un juste équilibre. Parce que les rassurer les rendra rationnels et aura notamment l’avantage de favoriser leur adhésion aux gestes de précaution.

Que peut-on avancer pour les rassurer ?

Le mieux est de normaliser leurs émotions, leur dire qu’il est normal d’avoir peur, qu’il est normal de se poser des questions ou encore d’avoir envie de retourner à l’école retrouver ses amis. Et répondre à leurs questions au fur et à mesure qu’elles leur viennent à l’esprit, leur dire qu’ils n’hésitent pas à en poser. Si vous n’avez pas la réponse à l’une d’entre-elles, osez répondre que vous ne savez pas et que vous allez vous renseigner.

L’évolution de la situation – et particulièrement la nouvelle mesure de confinement obligatoire – n’est pas pour apaiser leurs esprits…

C’est relatif, vous pouvez leur expliquer que cette mesure ne fait pas peur mais qu’elle a, au contraire, vocation à limiter la propagation d’un virus, qui lui, peut faire peur. Par ailleurs, si le sujet – et son corrolaire, l’épidémie – est largement traité dans les médias, il ne s’agit certainement pas de laisser les enfants regarder les informations avec vous, particulièrement en dessous de dix ans. Restez un intermédiaire et donnez-leur, uniquement, les informations que vous estimez devoir leur transmettre.

Et comment faire comprendre cette situation aux plus jeunes ?

Le jeu est une bonne option. La plupart d’entre-eux possède des Lego ou des maisons de poupées. Saisissez-en vous. Mettez en scène des personnages qui restent à l’intérieur, et expliquez qu’ils le font afin d’éviter la transmission du virus. Par ailleurs, les personnages sont un outil éprouvé en pédopsychiatrie, car ils aident l’enfant à exprimer ses émotions. Aussi, profitez de cet instant auprès de lui pour demander à ce dernier ce que ressent son personage ou simplement observer s’il joue l’agressivité, la peur… Si vous constatez qu’il est inquiet, alors situez la mesure du confinement dans le temps (cette situation devrait durer quinze jours) et rappelez-lui qu’à l’issue de cette période la vie reprendra comme avant.

Que faire lorsqu’on télétravaille et qu’on a peu de temps à accorder à ses enfants ?

L’équation est sans doute difficile, mais évitez, autant que possible, de laisser votre enfant seul et trop longtemps devant un écran (une après-midi à jouer à la console, par exemple). C’est un double enfermement, qui s’ajoute au confinement. La difficulté de la situation réside dans le rythme des journées. Afin qu’elles ne soient pas infinies, essayez a minima – outre les activités ludiques et le temps scolaire – de formaliser le moment du repas, ce que les familles ne prennent pas toujours le temps de faire. L’occasion d’acquérir de bons réflexes pour l’après…
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