ANALYSES

Crise en Iran : « Le pouvoir considère qu’il est en guerre »

Presse
20 novembre 2019
On connaît son élément déclencheur, mais comment expliquer une crise d’une telle ampleur dans le pays ?

L’Iran est dans une situation dramatique sur le plan économique, notamment en raison de l’embargo pétrolier et des sanctions américaines. L’inflation y dépasse 40 % et l’économie est en récession : le FMI prévoit -9,5 % cette année. Le pays était déjà au bord de l’implosion. L’annonce de la baisse des subventions gouvernementales sur l’essence, et donc la hausse de son prix – qui a triplé -, a été la goutte d’eau. La fiscalité de l’essence est compliquée à gérer, dans tous les pays, parce que les plus pauvres ressentent immédiatement la hausse des prix. Dans un pays en récession comme l’Iran, cela a mis le feu aux poudres.

Comment expliquer la violence des manifestations ?

Il faut se demander : comment la population réagirait, dans un pays démocratique européen, si l’essence augmentait alors que le pays connaît déjà une récession de près de 10 % ? Ce qui s’exprime là, c’est la colère, le désespoir. Je me demande même comment les Iraniens ont tenu aussi longtemps avant que cela n’éclate. Et le contexte politique interne n’est pas favorable : au départ, la baisse des subventions visait à renflouer les caisses de l’État avec, comme finalité, une redistribution aux ménages les plus pauvres. Mais ces derniers ont perdu toute confiance dans la classe politique, même la plus modérée.

Que sait-on de l’état de la mobilisation et de la répression ?

Les journaux proches du régime ne relatent que la violence des manifestants. Mais violente, la répression l’est également. Le pouvoir considère qu’il est en guerre, il est dans une logique sécuritaire et brutale. Amnesty International estime que 106 civils ont déjà perdu la vie. Le gouvernement iranien, lui, parle de 12 morts seulement. Depuis dimanche, il est encore plus difficile de savoir : les sites Internet des journaux modérés ne sont plus accessibles, seuls subsistent ceux qui sont en faveur du régime.

Quel rôle ont joué les États-Unis dans cette crise ?

Le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, est persuadé que les manifestants sont « pilotés » par les Américains, qui souhaitent faire tomber le régime. Il parle d’« ennemi extérieur ». C’est faux. En revanche, les sanctions économiques américaines sont en grande partie responsables de la crise économique que connaît le pays aujourd’hui. Et le gouvernement des États-Unis fait preuve d’un grand cynisme, quand son secrétaire d’État, Mike Pompeo dit : « Nous soutenons les protestataires »…


Comment peut évoluer la situation ?




Les journaux proches du pouvoir assurent que la mobilisation touche à sa fin, mais c’est peu vraisemblable. Pour autant, il y a aussi peu de chances que celle-ci aboutisse. Pour le moment, c’est la classe populaire qui est dans la rue. En 2009, il y avait déjà eu une importante crise politique et sociale, qui avait vu les classes moyennes urbaines descendre dans la rue, pour réclamer le départ de Mahmoud Ahmadinejad. C’est ce qui avait changé la donne. Aujourd’hui, ce sont plutôt des personnes précaires qui battent le pavé et sont violemment réprimées.



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