ANALYSES

Iran, l’heure de tous les dangers ?

Presse
27 juin 2019

Il y a eu l’affaire des pétroliers et maintenant celle du drone abattu par les Iraniens. Réelle tension ou gesticulations ?


L’affaire des pétroliers est cousue de fil blanc. Cette attaque, condamnable par principe, n’est que de la fumée et quelques flammes rapidement maîtrisées. Le plus important, c’est le climat général, l’augmentation des tensions économiques et politiques avec la menace permanente de l’administration Trump. La situation militaire est inquiétante. Les États-Unis ont décidé de renforcer leur flotte avec un nouveau porte-avions, sur zone depuis mi-mai, accompagné par un navire transporteur de troupes capable d’embarquer plus de mille soldats, des hélicoptères de combat et des véhicules amphibies.


Vous pensez que la situation peut dégénérer ?


Il y a des va-t-en-guerre dans les deux camps, chez Trump, chez les Iraniens, mais aussi chez d’autres acteurs régionaux. Israël, avec Netanyahou, les Saoudiens et les Émiratis entretiennent un climat délétère. Des diplomates iraniens m’ont dit : « Dans une mer de pétrole, une allumette peut tout embraser. » C’est vrai, dans ce contexte, sur une erreur d’appréciation, l’un ou l’autre camp peut déclencher des frappes et conduire à une escalade.


Quel est le jeu de Trump autour de l’accord nucléaire qu’il a dénoncé il y a un an ?


Les sanctions économiques et politiques de Trump vont crescendo, avec l’interdiction des achats de pétrole iranien et des échanges commerciaux. Toutes les grosses entreprises ont fini par quitter le pays. Trump s’accorde des droits d’extraterritorialité ahurissants, il sanctionne toute entité qui contreviendrait à ces interdictions décidées unilatéralement. C’est une logique condamnable.


Et en Europe, c’est l’inertie coupable ?


L’Europe n’a malheureusement pas de position commune. Le Royaume-Uni avec le Brexit et l’Allemagne ont des problématiques de politique intérieure qui leur ont fait perdre leur capacité d’initiative. D’autres pays sont alignés sur les États-Unis. Je comprends l’exaspération des Iraniens, qui demandent aux Européens des preuves concrètes. L’Europe rame lamentablement sur l’Instex, un système d’échanges sans transactions financières, proclamé en janvier, mais jamais appliqué. On a perdu six mois.


Et où est passée la diplomatie française ?


Macron, en campagne électorale, avait adopté une posture mitterrandienne sur la question du Golfe. Il avait dit qu’il était prêt à aller à Téhéran jouer les bons offices. Mais rien ne s’est passé. L’année dernière, le voyage de Le Drian a été un fiasco. Il a notamment demandé à Téhéran d’abandonner toute politique régionale. Quelle méconnaissance de ce grand pays, de son rôle d’influence. C’est comme si l’on demandait à la France d’arrêter de s’occuper de l’Europe ! Dans les faits, la diplomatie française s’est alignée sur Washington. L’accord n’est plus appliqué à cause de Trump. La France devrait reprendre l’initiative sans se cantonner à l’Europe. Mais notre capacité de manœuvre est bien faible.


Téhéran va dépasser son seuil autorisé sur l’uranium enrichi, quelles conséquences ?


Téhéran a annoncé un compte à rebours. Le 27 juin, le pays va dépasser le seuil des 300 kg d’uranium enrichi. C’est bien insuffisant pour en avoir un usage militaire, mais c’est un pied de nez. Macron s’est aussitôt fendu d’un communiqué langue de bois, comme quoi il fallait garder son sang-froid. Mais en réalité, il n’a aucune initiative, son texte est un tissu de platitudes.


Quel est le vrai objectif de Trump ?


Il veut mettre les Iraniens à genoux, virer le régime des mollahs en utilisant les pressions économiques. À cause des sanctions, la monnaie a été dévaluée de 60 % l’année dernière, l’inflation est de 40 %, spécialement sur les produits de première nécessité. L’économie a reculé de 3,9 % en 2018 et elle va accuser une baisse de 6 % en 2019. Le peuple iranien souffre. Le plan Trump, c’est susciter la misère pour provoquer des révoltes.


Au-delà de son absurdité, où est le danger de cette politique pour l’ordre mondial ?


Le plan Trump est non seulement stupide, mais aussi dangereux. C’est une méconnaissance totale de l’histoire de ce pays. Les Iraniens sont fiers de leur pays et pas disposés du tout à se laisser faire par des puissances étrangères. Cela pourrait provoquer l’effet inverse, solidifier le pays derrière les franges les plus radicales. Il ne faut pas non plus négliger la capacité de nuisance des Iraniens. Ils pourraient exporter la violence, la propager dans d’autres pays, sous forme d’attentats par exemple.


Propos recueillis par Guillaume de Morant pour Témoignage chrétien.

Sur la même thématique
Iran : la république islamique en péril ?