ANALYSES

One Planet Summit : coup médiatique ou réelle avancée ?

Interview
15 décembre 2017
Le point de vue de Bastien Alex


Le One Planet Summit qui s’est déroulé à Paris ce 12 décembre est un sommet visant à réunir les parties prenantes de l’Accord de Paris sur le Climat : chefs d’Etat et délégations gouvernementales, bailleurs publics et privés internationaux. A l’initiative d’Emmanuel Macron, de l’ONU et de la Banque mondiale, l’enjeu était de remobiliser les acteurs après une COP 23 mitigée. Le point avec Bastien Alex, chercheur à l’IRIS.

Avec le One Planet Summit, Emmanuel Macron ne vient-il pas davantage conforter sa stature de garant du multilatéralisme plutôt que celle de leader de la cause climatique ? Cela ne vient-il pas contraster avec la politique environnementale qu’il mène à l’échelle nationale ?

Ce sommet, co-organisé avec l’ONU et la Banque mondiale, lui a effectivement permis de continuer de se positionner en élément dynamique de la scène internationale. Le président entend prendre la place laissée vacante par Obama et, sur le plan climatique, redorer le blason de l’UE qui été un peu en retrait ces dernières années, notamment après la COP21. Il conforte certes sa posture de pilier du multilatéralisme mais pour celle de leader climatique, c’est plus complexe. Emmanuel Macron, en annonçant vouloir faire de cet évènement qui n’était au départ qu’un sommet visant à célébrer les deux ans de la signature de l’Accord de Paris, un rendez-vous pérenne, prend le risque de donner l’impression de marginaliser la COP qui poursuit tout de même des objectifs similaires. S’il voulait empêcher ce sentiment, la présence de chefs d’Etat qui ne s’étaient pas déplacés à la COP23 du 6 au 17 novembre lui donne tort, comme sa volonté de parler le premier avant Antonio Gutierres. Il serait sans doute plus judicieux de proposer son inclusion à terme dans la COP, en tant qu’évènement important et marquant d’une journée. Cela éviterait aussi les débats sur la multiplication des sommets, sur leur coût et leur empreinte carbone. A ce titre, le dispositif mobilisé par le roi du Maroc pour sa venue a été épinglé (plusieurs avions de transport Hercule apportant les effets du Roi). Quant à la comparaison avec sa politique nationale, il est toujours plus facile de tenir des propos vertueux en conférence internationale qu’en faire des lignes directrices au niveau national, où le président reste plus prudent et qualifie sa position de réaliste, terme que Nicolas Hulot a aussi employé pour justifier l’annonce du report de la sortie du nucléaire.

Le partenariat public/privé comme mode de gouvernance dans la lutte pour la préservation du climat a été mis à l’honneur avec la présence de représentants de groupes financiers et bailleurs internationaux ainsi que des promesses chiffrées de plusieurs dizaines de milliards d’euros. Ces engagements vont-ils dans le bon sens ? Ne s’agit-il pas avant tout de dynamiser la reprise économique mondiale par un label « green growth » ?

Ce genre de sommet ne vise pas à réviser les fondements du modèle de développement et de croissance capitaliste. Il faut le prendre pour ce qu’il est : un regroupement d’acteurs économiques désireux de faire un pas dans la transition, aussi bien écologique qu’énergétique mais avec le souci de soutenir des activités porteuses de rentabilité. Le secteur privé est prêt à s’engager sur cette voie car elle est la seule lui garantissant sa survie à terme. C’est comme cela qu’il faut interpréter l’initiative French Business Climate Pledge qui regroupe près d’une centaine d’entreprises françaises affichant leur volonté d’investir pour la transformation des sociétés et un modèle moins carboné. Si cela peut permettre une réduction des émissions de gaz à effet de serre, c’est donc une première satisfaction mais il ne faut pas s’attendre à ce que soient abordés en profondeur, lors de ce type de sommet, des sujets aussi profonds que le mode de vie et de consommation occidental ou la confusion entre croissance et développement. A partir de là, on peut dire que cela va dans un sens moins mauvais, quant à savoir s’il s’agit du bon, c’est là une question d’une toute autre ampleur.

Les montants annoncés par le secteur privé sont toutefois importants. Il est tout de même étonnant de constater que Bill Gates via sa fondation prévoit d’investir plus de 300 millions de dollars ente 2018 et 2020 dans la recherche agronomique et l’agriculture quand la France ne met que 8 millions d’euros et l’Europe 50 millions dans le financement de la Force conjointe du G5 Sahel, sujet qui faisait l’objet d’un sommet au lendemain du One Planet Summit.

La Banque mondiale a annoncé vouloir cesser le financement de l’exploration et l’exploitation de pétrole et de gaz après 2019. Première banque multilatérale à prendre un tel engagement, est-ce à dire qu’elle vient d’impulser concrètement la fin de l’exploitation des énergies fossiles ?

Non, elle a pris position contre le soutien aux entreprises et/ou projets des secteurs amont, soit l’exploration-production des hydrocarbures. Les secteurs du transport et de la transformation et de la commercialisation ne sont pas concernés. La Banque mondiale se justifie en évoquant la dépendance de certains pays, parmi les plus pauvres, au fuel pour la production d’électricité, comme le Sud-Soudan. L’exploitation des ressources fossiles a encore de belles années devant elle selon les scénarios de l’Agence internationale de l’énergie.

Rappelons qu’elle prévoit l’installation de 63 GW de puissance électrique d’origine fossile (charbon et gaz) d’ici 2040 (contre, certes, 160 pour les énergies renouvelables), selon le New Policies Scenario. La demande en pétrole et en gaz continuera à croître quand celle en charbon aura tendance à se maintenir. Les énergies fossiles sont si structurantes dans nos économies qu’aucun acteur ne peut seul décider d’arrêter d’y recourir.
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