ANALYSES

« La France était autrefois le pays occidental le plus populaire en Palestine »

Presse
25 octobre 2023
On peut peut-être distinguer trois périodes de la politique de la France à l’égard du conflit au Proche-Orient. Sous la IVe République, il y a une ferme alliance entre la France et Israël. Le souvenir de la Shoah et l’opposition commune au nationalisme arabe l’expliquent. Cette alliance va déboucher sur le fiasco de l’intervention de Suez en 1956.

Le général de Gaulle met fin à la coopération nucléaire avec Israël. Le tournant a lieu en 1967. De Gaulle avait assuré Israël du soutien de la France s’il était attaqué par les pays arabes, mais avait demandé à Tel-Aviv de ne pas être à l’initiative de la guerre. Or c’est l’État hébreu qui déclenche la guerre des Six-Jours et détruit les armées égyptienne et syrienne. De Gaulle prononce un embargo sur les armes destinées à Israël. En novembre 1967, il déclare que l’occupation qu’Israël va mettre en place dans les Territoires palestiniens va susciter une répression, qui sera à l’origine d’une résistance, qui sera qualifiée de terrorisme, et donc des violences.

C’est la rupture de l’alliance stratégique entre Israël et la France. Georges Pompidou, élu en 1969, va susciter la colère d’Israël en fournissant une centaine d’avions Mirage à la Libye tout en maintenant l’embargo sur les armes pour Israël. Valéry Giscard d’Estaing, élu en 1974 dans un contexte de choc pétrolier, se rapproche des pays du Golfe pour des raisons économiques.

En 1979, la déclaration de Venise de la CEE reconnaît le droit des Palestiniens à l’autonomie gouvernementale, ce qu’Israël dénonce. La communauté juive française va prendre parti contre Giscard et pour Mitterrand. Élu en 1981, ce dernier est considéré comme un ami d’Israël. Les pays arabes s’inquiètent d’une possible rupture dans la politique arabe de la France.

Mitterrand en faveur de l’autodétermination

La continuité va l’emporter. Devant la Knesset, Mitterrand plaide pour l’autodétermination des Palestiniens. En 1989, il autorise la venue de Yasser Arafat en France, qui déclare que la charte de l’OLP appelant à la destruction d’Israël est « caduque ». Les institutions juives françaises protestent vigoureusement. Mitterrand déclara alors que chacun votera comme il voudra, mais qu’il est chargé des intérêts de la France et non de ceux d’une communauté.

Jacques Chirac, élu en 1995, est favorablement perçu par les Juifs français. Il reconnaît la responsabilité de l’État français dans la rafle du Vél’ d’Hiv. De Gaulle et Mitterrand, eux, rendaient Vichy et non la France responsable. En octobre 1996, Chirac se rend à Jérusalem. Les forces israéliennes veulent l’empêcher de marcher librement dans la ville. Il apostrophe un soldat israélien, ce qui lui vaut une très grande popularité dans le monde arabe.

Les accords d’Oslo sont torpillés par l’assassinat de Yitzhak Rabin et par les attentats du Hamas, par l’élection d’Ariel Sharon, qui arrive au pouvoir en 2001, et par la reprise du cycle répression-terrorisme. Chirac va toujours conserver une relation avec Arafat, qui viendra mourir en France en 2004.

La France, seul pays occidental à défendre le droit des Palestiniens

La France est alors le seul pays occidental qui défend le droit des Palestiniens. Cela lui vaut une très grande popularité dans le monde arabo-musulman et dans les pays du Sud. Le tournant s’opère avec la visite d’Ariel Sharon en 2005. Israël se retire de Gaza, mais sans aucune perspective de paix avec les Palestiniens. Le président français, affaibli (problèmes de santé, mort de son ami Hariri au Liban, échec au référendum de 2005), doit faire face à une formidable campagne aux États-Unis et en Israël sur l’antisémitisme en France qui expliquerait son activisme en faveur de la Palestine.

Chirac veut se réconcilier avec les États-Unis après la guerre d’Irak. Il va cesser de critiquer Israël, et Ariel Sharon lui décerne en 2005 un brevet de lutte contre l’antisémitisme. La France est alors moins dynamique sur le dossier israélo-palestinien. Élu en 2007, Nicolas Sarkozy est très proche de la communauté juive française, qui a voté massivement pour lui. S’il rappelle la nécessité d’une paix, déclarant que la poursuite du conflit nourrit le terrorisme, il ne prendra pas d’initiatives. François Hollande, élu en 2012, a dans son programme la reconnaissance de la Palestine. Mais dès son premier discours devant les ambassadeurs, fin août 2012, il y renonce.

Emmanuel Macron, tout en se réclamant du gaullo-mitterrandisme durant la campagne électorale, n’a pas modifié cette tendance. Il y a une lassitude vis-à-vis du conflit qui semble sans fin et une crainte d’accusations d’antisémitisme en cas de critique d’Israël. La recherche de la cohésion occidentale va venir freiner la France sur ce dossier. Elle en devient de fait moins populaire dans les pays du « Sud » et dans le monde arabo-musulman. La France y était autrefois le pays occidental le plus populaire, elle a perdu ce statut.

 

Publié par La Croix.
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