ANALYSES

Nouvelles promesses climatiques au sommet Biden : « Je suis peu optimiste sur leur respect »

Presse
23 avril 2021
Interview de Julia Tasse - Marianne

Le sommet climatique organisé par Joe Biden marque-t-il une étape importante ?


Oui, car l’organisation d’un sommet par les États-Unis marque leur nouvel engagement et leur volonté de mener le jeu, bien plus que s’ils avaient simplement participé à une COP [un des sommets climatiques qui se tiennent de façon périodique, N.D.LR.]. Ce retour peut favoriser l’action climatique commune, entre autres à la COP 26 [prévue en novembre 2021] : les Américains ne vont pas tirer à eux seuls l’ensemble des États mais leur présence dans un groupe de pays moteurs est une condition cruciale pour que les autres se placent sur une même trajectoire.


Sous Trump, la mise en retrait des États-Unis offrait la possibilité aux pays réfractaires de justifier leur manque d’ambition. La position du gouvernement américain pouvait alors servir de référence aux franges les plus réticentes, que ce soit dans les négociations internationales ou au sein même des gouvernements nationaux. Aujourd’hui, les dirigeants n’ont plus cette excuse : si Trump avait été réélu, le Brésil n’aurait sans doute jamais pris de nouveaux engagements dans le sens d’une neutralité carbone. De plus, le retour des États-Unis laisse envisager un soutien financier plus important pour l’adaptation et la réparation des dommages climatiques subis par les pays en développement, ce qui peut inciter ces derniers à s’impliquer dans les négociations.


Quel crédit peut-on accorder aux promesses de réduction d’émissions formulées ce jeudi ?


Je ne suis malheureusement pas très optimiste sur le respect de ces engagements, qui ne sont pas contraignants. Sans compter qu’avec ces promesses fixées sur un horizon lointain, aucun des dirigeants qui les ont faites ne sera encore là lorsqu’elles arriveront à échéance. Pour l’instant, les orientations prises par les États ne les mettent pas sur la voie des objectifs des accords de Paris, et donc d’une hausse de la température globale inférieure à deux degrés, alors que ce niveau provoquerait des conséquences critiques dans certains pays.


Un moyen de renforcer l’action internationale serait de lier la gouvernance climatique à l’économie, en conditionnant des échanges commerciaux au respect de niveaux d’émission dans la fabrication des produits concernés. Il y a toutefois peu de chances que cela soit introduit dans un contexte de crise. Cette idée a été évoquée au niveau européen, mais sa mise en place créerait une distorsion dont on n’est pas sûr de sortir gagnant : dans le jeu de la mondialisation, il est toujours délicat de jouer à celui qui veut imposer le plus de contraintes et de normes.


Quelle est l’utilité des sommets climatiques, s’ils ne débouchent pas sur des engagements contraignants ?


Ils restent tout de même cruciaux pour créer une confiance mutuelle et une dynamique positive. Cela permet aux États de compter sur le fait que les autres pays vont également faire des efforts pour réduire leurs émissions, même s’ils ne permettent pas au final de respecter des engagements précis. Car les gouvernements n’ont aucun intérêt à agir s’ils se croient seuls, étant donné les coûts économiques et politiques de la lutte contre le réchauffement climatique. Les promesses internationales peuvent également servir de moyen de pression au niveau national, en étant reprises par des ONG ou lors de procédures devant la justice.


 

Propos recueillis par Sébastien Grob pour Marianne.
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