ANALYSES

La France renforce ses liens sécuritaires avec le Japon dans le cadre de l’« axe indopacifique »

Tribune
27 juin 2019


Le président français Emmanuel Macron a effectué une visite officielle au Japon du mercredi 26 au jeudi 27 juin 2019 avant le sommet du G20 d’Osaka. M. Macron a rencontré le Premier ministre Shinzo Abe, qu’il a déjà vu six fois depuis le début de son mandat.

Le Japon et la France ont publié mercredi soir une feuille de route sur cinq ans pour la coopération bilatérale en matière de sécurité, de développement des infrastructures et de divers autres domaines.

Comme le rappelle Le Monde, la coopération en matière de sécurité et de défense n’est pas nouvelle. « Paris et Tokyo organisent déjà, depuis 2014, des rencontres annuelles entre leurs ministres des Affaires étrangères et de la Défense. Un accord signé entre les deux gouvernements, relatif au transfert d’équipements et de technologies de défense est aussi entré en vigueur fin 2016, suivi par un accord d’acquisition et de soutien logistique en 2018, ouvrant la voie à des exercices conjoints plus ambitieux. Enfin, la cinquième session des consultations politico-militaires ministérielles, qui s’est tenue à Brest en janvier, a conduit à la décision de lancer un nouveau dispositif de dialogue sur les questions maritimes. » En réalité, la coopération est plus ancienne et trouve ses racines dans le développement du Japon au XIXe siècle comme je le soulignais à l’occasion du 160e anniversaire des relations diplomatiques entre la France et le Japon en 2018.

Les intérêts du Japon et de la France convergent. Pour Tokyo, il s’agit de diversifier ses alliés en s’appuyant notamment sur l’Inde, l’Australie ou la France. Pour Paris, il s’agit de développer sa présence dans une zone prioritaire, la zone indopacifique. Comme le rappelle le Quai d’Orsay : « L’espace indopacifique est pour la France à une réalité géographique. Elle y est présente avec ses territoires d’outre-mer et 93% de sa zone économique exclusive est située dans les océans Indien et Pacifique. Au total, 1,5 million de Français y résident, ainsi que 8 000 militaires en mission. Cette zone est en outre devenue une réalité géopolitique et géoéconomique. Le centre de gravité de l’économie mondiale s’est déplacé de l’Atlantique vers le Pacifique. » 

« Face à cette réalité et dans un contexte de promotion par la France d’un ordre multipolaire stable fondé sur le droit, la zone indopacifique constitue une priorité de la diplomatie française et un partenaire incontournable. Dans son discours prononcé sur la base navale de Garden Island (Sydney, Australie) le 2 mai 2018, le Président de la République a exposé la stratégie française dans la zone indopacifique. Notre ambition est d’y assumer un rôle de puissance médiatrice, inclusive et stabilisatrice. » Cette stratégie repose sur plusieurs axes, dont le renforcement de nos partenariats stratégiques avec différentes puissances comme le Japon.

La feuille de route publiée mercredi comporte une dimension sécuritaire non négligeable.

Les deux pays décident de renforcer leur coopération stratégique en favorisant la mise en œuvre d’une interopérabilité effective entre les forces armées françaises et les forces d’autodéfense japonaises, notamment à l’occasion d’exercices organisés par l’une ou l’autre des parties. Rappelons que le Japon et la France ont participé à des exercices quadrilatéraux avec les États-Unis et le Royaume-Uni près de Guam en 2017. Cette année, des exercices navals combinés ont rassemblé le porte-avions français Charles de Gaulle avec un porte-hélicoptères japonais, un destroyer lance-missiles américain et un sous-marin australien dans l’océan Indien.

La coopération porte aussi sur l’aide à la mise en place et au renforcement des « capacités maritimes des pays. Ils examinent les modalités d’une contribution au renforcement des capacités maritimes des pays riverains des océans Indien et Pacifique ». Tokyo œuvre depuis longtemps en ce sens, notamment envers les pays de la mer de Chine.

Il s’agit aussi d’œuvrer ensemble à la paix et à la coopération internationales avec « des actions de coopération conjointes au profit de pays tiers, en Asie ou en Afrique, y compris à Djibouti ». Tant Paris que Tokyo ont déjà mis en œuvre des forces de maintien de la paix dans la région, pour le Japon comme ce fut par exemple le cas au Sud-Soudan. Les deux pays ont chacun leur base militaire à Djibouti, ce qui peut faciliter la coopération.

En matière d’équipement de défense, les intérêts convergent aussi car Tokyo souhaite développer certaines technologies qui lui font défaut et Paris souhaite s’ouvrir un marché japonais de facto verrouillé par les Américains. Aussi, même si jusqu’à présent il n’y a pas eu de résultats tangibles, les deux pays « décident d’intensifier la coopération dans le cadre de projets communs en matière d’équipements de défense : – en poursuivant la coopération notamment dans la production d’un prototype utilisant un système de haute précision de détection des mines et la conduite d’essais à la mer ; – en promouvant davantage la coopération entre les industriels de la France et du Japon, en priorité dans les domaines de l’océan, de l’aéronautique et de l’espace. »

D’autres domaines de coopération sont aussi évoqués comme la lutte contre le terrorisme, contre la criminalité internationale ou les cybermenaces.

La feuille de route, dans son aspect sécuritaire, traduit donc un resserrement des liens voulus par les deux pays et porte tant sur le domaine opérationnel que sur les matériels.

Convergence de vues

Au-delà du partenariat stratégique, Shinzo Abe et Emmanuel Macron ont montré leur convergence dans différentes questions qui dominent les relations internationales. Les deux dirigeants ont discuté des programmes nucléaires en Corée du Nord et en Iran et des questions à aborder lors du sommet du G20. M. Macron a déclaré que lui et M. Abe étaient d’accord sur la nécessité de garantir la dénucléarisation irréversible et vérifiable de l’Iran et de la Corée du Nord. « Et nous avons la volonté d’assurer la stabilité de ces régions », a souligné le président français.

Shinzo Abe a déclaré que la protection de la sécurité du détroit d’Ormuz était également cruciale. Ils ont également fait front commun mercredi sur le commerce et le climat, points de tension du sommet du G20 de vendredi et samedi, l’un souhaitant que les États-Unis et la Chine résolvent leur querelle commerciale et l’autre prévenant qu’il refuserait un communiqué trop timide sur le réchauffement climatique.
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