ANALYSES

Comment Donald Trump est en train de se sortir des soupçons qui pèsent sur lui d’une collusion entre la Russie et sa campagne électorale de 2016

Presse
15 février 2019
Interview de Jean-Eric Branaa - Atlantico
La Commission d’enquête du Sénat concernant Donald Trump et la Russie vient de conclure à une absence de collusion. Comment expliquer cette situation ?

Jean-Eric Branaa: En réalité depuis le départ de cette affaire il y a une confusion entre Donald Trump et sa campagne. La plupart des observateurs qui en rajoutent sur enquête et d’une possible collusion avec la Russie oublient qu’il y a un principe de base dans le système pénal américain, c’est que l’on ne rend compte que des faits dont on est personnellement responsable. Autrement dit, le Président américain n’a pas à rendre compte pour des faits qui concernent ses collaborateurs, ses amis, ou même sa famille, puisque l’un de ses fils a été impliqué. Donald Trump répète qu’il n’est pas concerné par cette affaire, et la difficulté pour tout enquêteur est de trouver un lien probant entre les éléments qu’il a à charge et Donald Trump mais pour cela, il lui faudrait un témoignage, et plus encore, des preuves écrites, physiques ou autres qui permettent de confirmer directement la complicité ou la responsabilité directe du président. Le deuxième élement important est de savoir ce que l’on appelle collusion. sachant que la responsabilité dans le désir d’influer sur le résultat -en tous cas, de personnes russes – a été établie par l’enquête de Robert Mueller. Mais cette responsabilité a été établie venant de Russie, mais sans lien direct avec Donald Trump. Ces personnes ont été arrêtées et pour certaines déjà condamnées, pour d’autres cela est encore en cours. Les sanctions prononcées visent ces personnes directement et non le gouvernement américain, Donald Trump ou son entourage proche d’ailleurs. Les multiples arrestations qui ont eu lieu concernent des gens qui en réalité sont des « crapules », ce sont des gens qui se sont enrichis, qui ont manipulé, qui ont fait des choses répréhensibles et condamnables par le droit américain et qui en répondent aujourd’hui. Que cela soit Paul Manafort ou n’importe quel autre, nous sommes sur des questions d’enrichissement personnel, de trafic d’influence ou des actions qui les lient à des intérêts étrangers sans en avoir référé aux autorités américaines comme la loi les y oblige. Mais il n’y a pas de lien direct avec Donald Trump et toute l’affaire russe depuis le départ se déroule sur un grand malentendu. A chaque fois, on parle d’un « proche » de Donald Trump pour essayer d’en faire une affaire politique. Mais cela ne veut rien dire.

Les démocrates assurent qu’il reste « des documents à lire » comme s’ils espéraient encoretrouver une hypothétique preuve qui mettrait directement en cause Donald Trump. Mais tout ceci n’est qu’une manœuvre politicienne destinée à affaiblir Donald Trump, qu’il dénonce lui-même comme étant une chasse aux sorcières. Ce qui fait aussi partie du jeu. .Cependant la Commission d’enquête du Sénat n’a fait que son travail, tout comme Robert Mueller en sa qualité de procureur a mis en évidence des faits graves concernant certaines personnes et celles-ci devront en répondre. Chacun a fait son travail et nous allons rapidement passer à autre chose parce que le rapport de Robert Mueller devrait arriver aux mêmes conclusions que le commission d’enquête du Sénat.

Donald Trump a-t-il souffert de cette affaire au niveau popularité ?

Non, absolument pas. Sa popularité a été d’une stabilité incroyable depuis son arrivée à la maison Blanche. Si on prend l’exemple du Shutdown, il n’a perdu que deux points de popularité durant cette période de 35 jours, 2 points qu’il a regagné deux semaines après. Toutefois sa popularité reste inchangée, sa base lui est fidèle, mais il n’arrive pas à fédérer au delà de ses partisans. A mon sens, cette affaire Russe n’aura aucun effet sur Donald Trump et sa prochaine campagne, si ce n’est de galvaniser ses troupes en expliquant qu’il a été victime d’une chasse aux sorcières.

Finalement, ceux qui ont le plus souffert sont les démocrates qui, en se focalisant là-dessus ont oubliés de se remettre en question…

Effectivement, globalement le parti démocrate a mené une campagne ad hominem contre Donald Trump, ce qui pouvait se comprendre dans un moment assez hystérisé. Cette façon de faire était déjà pratiquée par le Tea Party sous la présidence de Barack Obama. De fait, ils n’ont fait que reprendre les codes du Tea Party à leur actif. Mais pendant ce temps-là, ils n’ont pas développé de programme, ni fait monter une personnalité qui aurait pu faire l’unanimité, pour s’imposer dans une campagne contre Donald Trump. C’est pour cela que les démocrates se retrouvent aujourd’hui dans la même situation que le parti républicain en 2016, avec un trop plein de candidats qui se présentent où chacun pense pouvoir être le « sauveur » de son parti. Cela est un véritable handicap pour la campagne de 2020.
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