ANALYSES

« La seule chose qui pourrait faire reculer les Russes en Syrie, serait une pression multilatérale »

Presse
5 octobre 2016
Interview de Pascal Boniface - La Croix
Que pensez-vous de l’impatience des États-Unis vis-à-vis de la Russie ?

Elle n’est pas nouvelle. Dans le dossier syrien, Washington se heurte au rôle joué par la Russie depuis longtemps. Sans Moscou, Bachar Al Assad ne serait plus en place depuis un moment. À cela s’ajoute aujourd’hui le bombardement d’Alep. C’est une horreur qui indigne beaucoup de monde : pas seulement Washington, mais aussi le secrétaire des Nations Unis, Ban Ki-moon, et le ministre des affaires étrangères français, Jean-Marc Ayrault qui l’a défini comme un nouveau Guernica.
Or, les Russes ne cachent plus leur participation directe à ce crime. Ils bombardent ouvertement Alep, au côté des forces de Assad. Il n’est pas possible de l’ignorer. J’ajoute que ce discours permet aussi à Obama de répondre à ceux qui, aux États-Unis, le jugent trop faible : surtout après sa reculade, sur les armes chimiques et la ligne rouge à ne pas dépasser en Syrie, en 2013.

À ce stade, que peuvent faire les États-Unis en Syrie ?

Pas grand-chose. Le cessez-le-feu avec Moscou a été un échec. L’armée américaine n’a pas voulu livrer des informations aux Russes comme le prévoyait l’accord. Il n’y a rien à attendre de ce côté-là. Par ailleurs, Washington ne va pas intervenir militairement pour défendre Alep contre les forces syriennes et russes. Donc, la marge de manœuvre des États-Unis est faible. La seule chose qui pourrait faire reculer les Russes serait une pression vraiment multilatérale.
Or, aujourd’hui, seuls les Occidentaux demandent aux Russes de ne plus bombarder Alep. La meilleure des choses serait de sortir de ce face-à-face. Cela peut se faire si les grandes puissances non occidentales, si les pays émergent comme le Brésil, l’Inde, l’Afrique du Sud s’indignaient publiquement des bombardements. Si la condamnation devient vraiment universelle, Moscou sera moins enclin à l’intransigeance.

Sur ce dossier, qu’est-ce qui différencie Hillary Clinton de Donald Trump ?

Hillary Clinton a soutenu les dernières interventions militaires extérieures des États-Unis. Sur ce terrain-là, elle écoute les conseils des néoconservateurs. Présidente, on peut penser qu’elle sera sur une ligne intransigeante avec Damas et Moscou.
Cependant, elle n’enverra pas l’armée en Syrie. Donald Trump, lui, affiche son isolationnisme et son admiration pour Poutine. Élu, il ne sera plus en première ligne sur le dossier syrien. Tout montre qu’il se rapprochera de Moscou, que les relations entre les deux pays prendront une autre direction. Dans ce contexte, Assad pourrait être réintroduit dans le jeu diplomatique. C’est d’ailleurs ce que certains demandent déjà en France comme François Fillon.

Recueilli par Laurent Larcher
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