ANALYSES

Tunisie : que peut-on attendre du nouveau gouvernement ?

Interview
1 septembre 2016
Le point de vue de Kader Abderrahim
Après le départ d’Habib Essid qui avait vu l’Assemblée des Représentants du Peuple refuser de lui renouveler sa confiance, c’est Youssef Chahed issu du parti Nidaa Tounes qui a été chargé de former un gouvernement. Il est le septième Premier ministre en six ans. Son gouvernement se veut un gouvernement d’union nationale et d’ouverture, plus jeune et féminisé. Est-il légitime, alors que les Tunisiens n’ont pas été appelés aux urnes ?

La question mérite d’être posée. Mais les circonstances rendaient compliquée la tenue d’élections. Dans l’idéal, il aurait fallu repasser par les urnes car le parti du président Béji Caïd Essebsi, Nidaa Tounes, n’est plus majoritaire à l’Assemblée suite à la défection de plusieurs députés. Elle aurait cependant engendré une crise institutionnelle au moment où l’un des principaux partis, Nidaa Tounes (dont Youssef Chahed est issu), est fragilisé.
Il valait mieux former un nouveau gouvernement plutôt que de créer une crise institutionnelle, alors que la Tunisie doit faire face à des défis majeurs, notamment sur le plan économique et social. Il était donc plus sage de laisser les partis de l’Assemblée des représentants du peuple se mettre d’accord sur l’élaboration d’un gouvernement, d’autant plus que la constitution garantie au président toutes les prérogatives pour agir de la sorte.

Quels sont les défis majeurs de la Tunisie auxquels le gouvernement doit faire face aujourd’hui ?

Les principaux défis tournent autour des questions économiques et sociales. Les trois attentats de l’année dernière (Bardo, Sousse, et contre un bus de la garde présidentielle à Tunis), ont porté un coup terrible au tourisme, secteur clé de l’économie tunisienne. Les Européens ne viennent plus et la forte baisse du tourisme se répercute sur le chômage. On estime à un million le nombre de Tunisiens qui vivent directement ou indirectement du tourisme (la Tunisie compte 10 millions d’habitants). Le secteur est également le 3e poste de rentrées de devises du pays après le textile et le phosphate.

Dans quel état est la Tunisie sur le plan sécuritaire ?

Le pays se porte mieux sur l’aspect sécuritaire. Mais la menace est constante, avec notamment le voisin libyen qui peine à sortir du chaos. Il a fallu reformer les forces de sécurité, car la Tunisie est avant tout un état policier. Jusqu’à la révolution tunisienne de 2011, la police et les services de renseignements étaient focalisés sur l’intérieur du pays où elles se cantonnaient à un rôle de surveillance et de répression du peuple, des organisations syndicales, des partis politiques ainsi que des ONG. Les forces de sécurité tunisiennes étaient, en revanche, peu préparées à faire face au terrorisme. Aujourd’hui, la Tunisie développe des coopérations avec la France et ses voisins, notamment l’Algérie. Petit pays en pleine phase de transition démocratique, la Tunisie a en effet besoin de soutien. Par ailleurs, le terrorisme est aujourd’hui une menace globale qui touche également les pays qui, comme la France, ont les moyens d’y faire face.
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