ANALYSES

Coalition anti-Daech : « On est passé à l’étape supérieure »

Presse
3 décembre 2015
Des alliés supplémentaires. La Grande-Bretagne a commencé à prendre part ce jeudi matin aux frappes de la coalition menée par les Etats-Unis pour combattre Daesh en Syrie. Mardi, le conseil des ministres allemand a lui aussi validé l’intervention de son armée, qui doit être approuvée vendredi par le Bundestag (chambre basse du Parlement). Jean-Vincent Brisset, ancien général de brigade aérienne et directeur de recherche à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS), explique à 20 Minutes pourquoi ces renforts vont permettre à la coalition d’être plus efficace.

L’arrivée de l’Allemagne et de la Grande-Bretagne au sein de la coalition est-elle une avancée significative ?
Il faut rappeler que la Grande-Bretagne fait déjà partie de la coalition, puisqu’elle procède depuis un an à des bombardements aériens en Irak. Désormais, elle s’implique aussi en Syrie. Quant à l’Allemagne, son engagement est intéressant, mais elle ne va pas s’impliquer dans des missions offensives. Elle ne bombardera pas, mais effectuera des missions de reconnaissance et de ravitaillement. Et ces missions seront limitées, dans la mesure où elle n’a pas de technique ni de savoir-faire spécifique à ce niveau. Quant à la protection du porte-avions français Charles-de-Gaulle par une frégate allemande, je m’interroge… Le porte-avion français est déjà protégé par les Russes, et Daesh n’a pas de bateaux…

Est-ce, comme l’a dit François Hollande, une « réponse à l’appel à la solidarité des Européens » lancé par la France après les attentats de Paris ?
Je ne pense pas que cela soit tellement une réponse à l’appel de François Hollande, mais plutôt une réaction vis-à-vis de la pro activité des Russes. Les Britanniques comme les Allemands répondent ainsi à la pression que met Vladimir Poutine. C’est aussi une réaction à destination de leurs opinions publiques : la menace terroriste est de plus en plus prégnante à peu près partout en Europe, et les dirigeants se doivent de répondre.

L’élargissement de la coalition va-t-il permettre d’être plus efficace ?
Les premières frappes britanniques ont visé une installation pétrolière. Il semble qu’on va désormais s’attaquer à des objectifs significatifs -économiques et politiques. Ces objectifs sont connus depuis longtemps, mais on a refusé de les frapper, pour des raisons politiques, pour éviter de faire une « vraie guerre ». Désormais, on est passé à l’étape supérieure, un cran au-dessus, du fait des attentats de Paris, mais surtout pour montrer que Vladimir Poutine n’est pas le seul à agir.
Cependant, cela ne signifie pas que tout est résolu. Il faut un plan d’action plus global. Sur le plan militaire, l’efficacité de frappes aériennes seules, la question se pose toujours, mais l’envoi de troupes locales au sol suppose d’avoir des hommes fiables, et surtout prêts à se battre sur le terrain. Pour le moment, ce n’est pas vraiment le cas, comme on a pu le voir avec les troupes irakiennes. Et, pour vraiment régler le problème Daesh, le militaire n’est pas le seul paramètre à prendre en compte. Il faut simultanément traiter le problème de manière politique, diplomatique, sociologique… Interdire à ceux qui auraient la tentation de le faire d’aider Daesh, saper les soutiens du groupe au sein de la population… C’est un problème plus profond qu’un simple groupe d’hommes armés.
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