ANALYSES

Syrie : « Aucun pays ne veut risquer une intervention terrestre »

Presse
26 août 2013

Dans le conflit en Syrie qui a fait plus de 100.000 victimes, «tout va se jouer cette semaine», prévient François Hollande. Dos au mur après le massacre à l’arme chimique présumé de plus de 1.300 personnes la semaine dernière selon l'opposition, la communauté internationale, impuissante jusqu’ici, hausse le ton face au régime syrien. Pascal Boniface, directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) revient sur les enjeux d’une possible intervention étrangère pour renverser Bachar al-Assad.


La France doit-elle intervenir dans le conflit syrien?



La France comme aucun autre pays n’a intérêt à intervenir seule sur ce dossier. Il faut une réaction collective. Le meilleur des scénarios serait d’obtenir le feu vert du conseil de sécurité de l’ONU. Mais le risque d’un véto des Chinois et surtout des Russes demeure très élevé. En dehors du cadre onusien, une action concertée notamment des Etats-Unis, de la France et du Royaume-Uni semble la solution la plus probable.


Quelle forme cette aide pourrait-elle prendre?



Sans l’aval de l’ONU, ce qui semble dans un premier temps le plus urgent, le plus urgent est d’accélérer les livraisons d’armes à l’opposition, ce qui ne contrevient pas aux règles internationales en vigueur, tout en prenant soin qu’elles ne tombent pas dans les mains des Islamistes. L’Union européenne a déjà levé l’embargo sur les livraisons d’armes, mais sans grand changement pour l’instant sur le terrain.


Une réaction plus forte des Occidentaux est-elle envisageable?



Il faut déjà que les enquêteurs de l’ONU qui se rendent sur le site présumé de l’attaque chimique reviennent avec la preuve formelle que le régime de Bachar al-Assad est à l’origine de ce massacre. Si la réponse est positive ou que les enquêteurs sont empêchés de mener à bien leur mission, ce qui serait un aveu de culpabilité indirect de Damas, il n’est pas exclu que les Occidentaux envisagent de frapper directement le sol syrien via des bateaux ou des avions de chasse afin de faciliter le travail de l’opposition. C’est ce qu’avait fait l’Otan au Kosovo en 1999. Mais il faut garder à l’esprit que cette intervention serait illégale puisqu’en droit international, seul le Conseil de sécurité peut autoriser l’usage de la force en vertu du chapitre VII relatif maintien de la paix et de la sécurité internationale.


Le veto des Russes et des Chinois est-il irrévocable?



La position de principe de Pékin est de s’opposer à toute ingérence extérieure. La Russie a de nombreux intérêts économiques à défendre dans la région et a toujours montré un soutien sans faille au régime de Damas. Mais si les inspecteurs de l’ONU arrivaient avec la preuve formelle que les services de Bachar al-Assad ont utilisé des armes chimiques contre son peuple, le discours de Moscou pourrait s’infléchir. Il ne faut pas oublier non plus que la Russie et la Chine ont le sentiment de s’être fait berner par les Occidentaux en Lybie. Selon eux, ces derniers ont sur ce dossier outrepassé la résolution onusienne qui autorisait les frappes aériennes pour protéger les populations civiles en cherchant à renverser Kadhafi. La Russie et La Chine ne souhaitent pas que cela se reproduise avec Assad. L’enlisement de la communauté internationale sur le dossier syrien s’explique en partie par le précédent libyen.


Une intervention terrestre des Occidentaux est-elle possible?



Non. Même avec l’accord du Conseil de sécurité de l’ONU, aucun pays ne veut risquer une intervention terrestre. Les Etats-Unis se sont enlisés en Irak et ils se retirent. Idem en Afghanistan. Il en va de même pour la France qui peu à peu rapatrie ses forces. Le risque de bourbier en Syrie est trop grand pour les Occidentaux. Bachar a déjà prévenu qu’une intervention américaine se solderait par un nouveau Vietnam.


Les conséquences du renversement du régime d’Assad ne risquent-elles pas d’être pires que le maintien du régime en place?



Nous en sommes déjà à plus de 100.000 morts. Il est difficile de faire pire. Aujourd’hui, il n’y a plus de bonne solution. Le risque avec ce type de conflit qui dure est de s’habituer à l’horreur. Mais le seuil de tolérance de la communauté internationale a peut-être été atteint avec l’attaque chimique de la semaine dernière qui s’est soldée par plus de 1.300 victimes

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