ANALYSES

Pourquoi l’Algérie est-elle courtisée par l’Américain Kerry et l’Émir du Qatar en cette période ?

Presse
2 avril 2014

Kader Abderrahim est maître de conférences à l’Institut d’études politiques de Paris et chercheur à l’Iris (Institut de relations internationales et stratégiques) en France. Il est, par ailleurs, membre du Global Finder, un groupe d’experts des Nations-Unies qui vise à faire des recommandations au secrétaire général de l’ONU sur le dialogue des civilisations et le rapprochement entre le Nord et le Sud. Il intervient régulièrement dans la presse à propos des problématiques du Maghreb et de l’Islamisme.


Comment interpréter la visite de l’Émir du Qatar et de John Kerry en Algérie ?



Pour le secrétaire d’État américain, il faut rappeler que l’Algérie a, depuis le début des années 2000, amorcé un partenariat stratégique avec les États-Unis : lutte contre le terrorisme, échange de renseignements et manœuvres militaires communes. Par ailleurs, cette visite s’inscrit dans un contexte international de crise entre la Russie, l’Europe et les États-Unis, à propos de l’Ukraine. L’Algérie est le troisième fournisseur de gaz à l’Europe, après la Russie et la Norvège. On peut imaginer que pour Washington, l’Algérie prend une place plus importante dans l’approvisionnement énergétique du vieux continent, afin d’éviter une trop grande dépendance à l’égard de Moscou.


Quant à l’Émir du Qatar, il s’agit de demander à l’Algérie de tenter une médiation avec l’Arabie Saoudite ; pays avec lequel Doha a eu beaucoup de conflits diplomatiques ces dernières années. L’Algérie est appréciée dans les deux capitales, elle pourrait tenter de rapprocher les points de vue des deux pays, notamment sur la tragédie syrienne.


Quel est l’intérêt de ces deux dirigeants à venir en Algérie ?



Encore une fois, les intérêts sont divers et multiples selon que l’on parle des États-Unis ou du Qatar. L’Algérie a quelques atouts et une expérience diplomatique. Mais je pense que nous sommes dans un contexte de recomposition géopolitique régionale. L’Algérie est l’objet de toutes les attentions et de beaucoup de préoccupations. Les attentions, parce que c’est le plus grand pays du continent qui bénéfice d’importantes ressources en hydrocarbures. Et de préoccupations par l’instabilité qui règne à ses frontières, au Mali, en Libye ou en Tunisie. Non seulement, il y a la volonté de soutenir l’Algérie pour qu’elle reste un pôle de stabilité, il y a également l’intérêt de renforcer le partenariat bilatéral avec les deux pays que nous venons d’évoquer.


Que pensez-vous de leurs visites en pleine campagne présidentielle algérienne ?



Je ne sais pas s’il faut surinterpréter le fait que ces visites se déroulent pendant la campagne pour la présidentielle. Quoi qu’il en soit, c’est perçu comme un soutien et c’est là que le bât blesse. Il s’agit donc d’une maladresse diplomatique. La vieille enseigne selon laquelle « en politique ce ne sont pas les faits qui comptent, mais la perception des faits » s’applique parfaitement à cette situation.

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