ANALYSES

Israël/Palestine : comment le conflit peut-il évoluer ?

Interview
15 juillet 2014
Le point de vue de Pascal Boniface
Pays occidentaux, Ligue arabe et pays émergents n’ont réagi que timidement à l’offensive israélienne sur Gaza. Comment les acteurs de la société internationale se positionnent-ils sur le conflit en cours ?
C’est un peu une grande tradition. À chaque fois que se produit une offensive militaire israélienne, il y a un temps de latence avant que ce qu’on appelle communément la communauté internationale ne réagisse. Les pays occidentaux, notamment, restent silencieux pendant quelques jours ou reconnaissent à Israël le droit de se défendre avant d’intervenir à partir du moment où le nombre de morts devient difficilement justifiable auprès de leurs propres opinions publiques. Dans les pays arabes, au-delà de la solidarité affichée avec la Palestine, la réaction n’est pas plus active. Quant aux autres pays émergents, même s’ils ont un avis plus tranché sur le conflit israélo-palestinien, ils sont traditionnellement et pour le moment moins actifs sur le dossier.
En définitive, il y a toujours un retard de la réaction des pays occidentaux, mais aussi des autres pays, lorsqu’il y a le début d’affrontements militaires entre Israël et les Palestiniens. C’est une situation qui se répète périodiquement.

Quels sont les buts de guerre d’Israël ? Que cherche le Hamas en poursuivant le conflit ?
Le tir de roquettes par le Hamas est contreproductif politiquement et inutile militairement. Inutile militairement puisque le système de défense israélien est suffisamment performant pour empêcher les roquettes de faire de réels dégâts. Contreproductif politiquement parce qu’il fait peur à la population israélienne et qu’il a plutôt pour effet de solidariser la population israélienne autour de son gouvernement et donc finalement de renforcer Netanyahu que le Hamas prétend combattre. De même, les bombardements israéliens qui, à la différence de ceux du Hamas, font véritablement des victimes, ne contribuent en rien à isoler le Hamas mais au contraire renforce son assise auprès de la population palestinienne.
En définitive, cette surenchère militaire, veine du côté du Hamas, effective du côté israélien, est contreproductive, et éloigne toute perspective politique de résolution du conflit. Peut-être, s’agit-il là du but commun recherché par les deux camps.

Après le rejet par le Hamas du cessez-le-feu proposé par l’Egypte, quelles sont les conditions pour une désescalade ? Comment le conflit peut-il évoluer ?
Le Hamas fixe comme condition la libération des prisonniers palestiniens qui ont été repris par Israël depuis le début des opérations et la levée du blocus de la bande de Gaza. La chance de voir cette dernière requête se réaliser est assez faible. Le blocus mis en place par Israël depuis 2006 est d’ailleurs désormais un dispositif israélo-égyptien et non pas uniquement israélien. Israël ne veut pas y mettre fin et ne subit pas de pressions internationales réelles pour le faire.
Quoi qu’il en soit, comme précédemment, un cessez-le-feu interviendra lorsqu’Israël estimera qu’elle a plus à perdre politiquement à continuer les bombardements qu’à les arrêter. Le gouvernement israélien bénéficie d’un soutien politique intérieur très fort qui contraste avec la virulence des critiques extérieures. Sur le plan international, les condamnations n’émanent pas tant des gouvernements que des différentes opinions publiques.
Par ailleurs, le fossé entre Israéliens et Palestiniens s’est encore un peu plus creusé. La haine et la colère entre les deux peuples est bien sûr plus grande qu’avant le début des hostilités et la volonté commune d’essayer de trouver une victoire militaire, tout à fait impossible de part et d’autre, est venue encore éloigner toute perspective d’un règlement politique.
Les auteurs des assassinats des trois jeunes israéliens, qui avaient certainement misé sur la réaction de force de la part d’Israël et avaient pour objectif d’empêcher la mise en place d’un gouvernement d’union nationale entre le Fatah et le Hamas, sont parvenus à leurs fins. Netanyahu a joué la politique du pire en conformité avec les espérances des auteurs de ce triple assassinat.
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