ANALYSES

Elections présidentielles en Algérie : une campagne décevante ?

Interview
14 avril 2014
Le point de vue de Kader Abderrahim
La campagne électorale pour l’élection présidentielle algérienne s’est officiellement achevée hier. Quel est le bilan de celle-ci ?
Malheureusement, le bilan est assez maigre car on ne peut pas dire que les candidats qui ont participé à cette campagne électorale ont cherché à développer un projet, à communiquer ou à échanger avec leurs compatriotes. C’est là leur plus gros défaut car, même si le candidat pressenti pour être réélu – Abdelaziz Bouteflika – a été absent pour des raisons de santé, les autres candidats auraient pu faire un effort pour présenter un vrai projet, notamment sur l’économie, les questions de société ou les questions sociales : il n’en a rien été. L’essentiel de la campagne s’est articulé autour de la polémique à propos de l’absence de M. Bouteflika et de sa volonté de briguer un quatrième mandat. Au final, le bilan de cette campagne est quand même très décevant.
Cette campagne a été marquée par des violences, tant sur le plan physique que verbal. Comment analysez-vous cette montée de violence durant cette campagne ?
La violence, malheureusement, est très présente dans la société algérienne et notamment lorsqu’il est question de politique. Aujourd’hui, on voit que la violence s’exerce aussi dans le sud du pays, dans la région de M’zab, à Ghardaïa où depuis des mois, il y a des affrontements entre les habitants de cette région sans que l’Etat n’intervienne, ni ne cherche à protéger les citoyens ou à mettre fin à ces violences. C’est très inquiétant.
Pendant la campagne, il y a eu beaucoup de violences, notamment pendant les meetings. Elles avaient essentiellement pour objectif de tenter d’empêcher tel ou tel candidat d’organiser ces réunions publiques. Je dirais que la violence est un peu la culture politique de l’Algérie, historiquement, quasiment depuis l’indépendance. Les coups d’Etat successifs ont été un marqueur politique très fort pour les Algériens et, à chaque fois, ils ont subi cette violence politique qui aujourd’hui s’exprime dans tous les registres de la société ce qui est extrêmement préoccupant.
Je relève deux choses. La première, c’est que dans un pays aussi jaloux de sa souveraineté et au patriotisme extrêmement affuté, le président de la République en exercice prend l’occasion de la visite d’un ministre étranger, espagnol en l’occurrence, pour se plaindre de son adversaire Ali Benflis qui, selon lui, pratiquerait ou appellerait à pratiquer le terrorisme ce qui est tout de même assez étonnant de sa part. Deuxièmement, c’est la seule fois où on aura vu M. Bouteflika pendant la campagne et c’était pour se plaindre de l’un de ses adversaires politiques, qui plus est à un interlocuteur étranger. Finalement, les candidats à l’élection présidentielle ne cherchent pas à s’adresser aux Algériens, ni à leur parler, ni à leur faire partager leur éventuel projet, si tant est qu’ils en aient un, notamment sur les questions économiques qui, à très court terme, vont devenir un enjeu absolument crucial pour l’Algérie.
Outre Abdelaziz Bouteflika, qui sont les autres candidats à l’élection présidentielle et quelles sont leurs chances de succès ?
Malheureusement, les chances de succès sont extrêmement limitées pour les autres candidats. Il y a un candidat du système – Abdelaziz Bouteflika – qui dispose de tous les moyens d’Etat –administration, collectivités locales, préfets, sous-préfets – qui vont contrôler les opérations électorales puis ensuite collationner les résultats. C’est souvent là que se produit la fraude, entre le moment où le dépouillement a été fait, et le moment où l’on remplit les procès-verbaux qui sont centralisés dans les préfectures avant d’être envoyés au ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales à Alger. Quand on contrôle autant de moyens, on est quasiment assuré de la victoire. Donc la question n’est pas de savoir qui va gagner – on sait tous qu’Abdelaziz Bouteflika va remporter cette élection et être réélu – mais de savoir quel sera le taux de participation à cette élection : c’est le seul véritable enjeu. Si le taux d’abstention est très élevé, alors M. Bouteflika n’aura pas plus de légitimité que lors de sa précédente réélection à l’occasion de laquelle le taux de participation avait été là aussi très faible. Les Algériens s’en étaient accommodés car ce président avait rempli deux précédents mandats durant lesquels il avait restauré l’image de l’Algérie, briser l’isolement du pays et engager des chantiers très importants. Mais aujourd’hui, les Algériens se sentent à la fois la risée du monde et ressentent une profonde humiliation parce que c’est un homme malade que l’on n’a pas vu depuis des mois et des mois et qui n’a présidé aucun Conseil des ministres depuis des lustres. Les Algériens ont cette conviction solidement enracinée que finalement la politique n’est pas le bon moyen pour tenter d’améliorer la vie quotidienne de chacun d’entre eux.
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