ANALYSES

Un an après le retour de Vladimir Poutine à la présidence russe, quel bilan ?

Interview
7 mai 2013
Le point de vue de Philippe Migault
Un an après son investiture, quel bilan peut-on tirer de la politique étrangère de Vladimir Poutine? En ce qui concerne la Syrie, sa position envers le régime actuel ne nuit elle pas à son image internationale ?

Tirer un bilan un an après le retour aux affaires de Vladimir Poutine serait un jugement faussé. Il est au pouvoir depuis 2000 - il y a certes eu l’intermède Medvedev - et la politique étrangère russe n’a quasiment pas varié depuis 10 ans. Si on doit tirer un bilan, c’est plutôt sur les 13 années de pouvoir de Vladimir Poutine que sur la seule année depuis son retour à la présidence. Lorsqu’on regarde la Russie de 2013 et celle de 2000, il est bien évident qu’on ne se trouve plus du tout en face du même acteur.
On a en 2000 une puissance qui ne compte plus sur la scène internationale, un pays que les Etats-Unis se permettent régulièrement d’humilier en se livrant à un certain nombre d’actions unilatérales : Bombardement du Kosovo en 1999, retrait en 2002 du traité des missiles antibalistiques, intervention en Irak en 2003.
Treize ans après, la Russie est incontournable sur la scène internationale, comme on peut le voir sur le dossier syrien entre autres. Il n’est plus questions de prendre une décision sans se concerter au préalable avec Moscou. La Russie est donc redevenue une puissance majeure et a retrouvé un statut d’acteur global qu’elle avait perdu depuis 1991.
Au niveau du dossier syrien, la position de Vladimir Poutine nuit sûrement à son image dans certains pays occidentaux. Mais ce n’est pas le cas dans une bonne partie du monde. Un certain nombre d’Etats, qui refusent toute ingérence internationale dans les affaires internes – comme l’Inde, la Chine et le Brésil –, partagent la vision russe. Par ailleurs, ce matin, Carla Del Ponte - ancienne présidente du tribunal pénal international pour les Balkans - a rendu ses conclusions concernant une enquête sur l’utilisation d’armes chimiques en Syrie. Et il semblerait que l’usage d’armes chimiques, s’il est avéré, ne soit pas le fait du régime de Bachar al-Assad mais le fait des rebelles syriens. Or le Président russe n’a cessé depuis le début de dénoncer le soutien occidental à ceux-ci. Il a averti que de nombreux rebelles sont des djihadistes, des islamistes incontrôlables. Il semblerait que cela soit en train de se vérifier. A cette aune la politique menée par Vladimir Poutine en Syrie est loin d’être aussi condamnable que veulent nous le faire croire un certain nombre d’observateurs.

Au moment de son retour au Kremlin, Vladimir Poutine ambitionnait pour le long terme un taux de croissance annuel supérieur à 5%. Or, ce taux ne fait que baisser depuis son investiture et s’élevait à seulement 1,1% lors du premier trimestre 2013. Cet objectif est-il toujours envisageable ?

Le taux de croissance auquel on peut s’attendre en 2013 sera vraisemblablement très inférieur à ces 5%, sans doute aux alentours de 3%. Néanmoins, cet objectif annoncé court sur le long terme. Il peut paraitre optimiste mais ne l’est peut-être pas tant que ça.
Certes aujourd’hui, la Russie est impactée par la crise profonde dans laquelle s’enfonce l’Union européenne (UE), qui est son principal partenaire commercial.
Mais la Russie possède un certain nombre d’atouts à faire valoir. Elle peut encore s’appuyer sur la manne des hydrocarbures, même si les cours ne sont pas aussi hauts qu’elle pourrait l’espérer. De plus, il y a une véritable tentative de modernisation et de diversification de l’économie russe qui est engagée depuis une quinzaine d’années et qui porte ses fruits sur un certain nombre de segments de l’économie.
On peut donc s’attendre à terme à ce que la Russie redémarre beaucoup plus rapidement que l’UE, sur des taux de croissance proches effectivement de 5%. D’autant que la Russie dispose de réserves de change gigantesques, 515 milliards de dollars. Et si elle décide, au lieu de garder cette réserve de précaution, de la réinvestir massivement dans les secteurs de son économie qui permettront à celle-ci de se moderniser et de se diversifier, alors elle pourra initier une relance prometteuse. Mais il faut savoir si ces choix d’investissements seront faits ou non.

L’an dernier, l’opposition était parvenue à fédérer plusieurs milliers de manifestants mais l’évènement s’était mal terminé avec de violents affrontements. Quelle est la situation actuelle des opposants au pouvoir ?

Cette opposition s’est écroulée d’elle-même.
Tout d’abord parce qu’elle s’est heurtée à un pouvoir qui s’est montré ferme et qui a clairement signifié que ce n’était pas la rue qui commandait mais bien les plus hautes autorités de l’Etat.
Ensuite, l’opposition s’est effondrée tout simplement parce qu’elle est profondément désunie, disparate.
Il y a d’une part des libéraux qui aspirent à l’adoption d’un modèle libéral-démocrate à l’occidental, avec une société civile plus impliquée dans la gestion du pays, une économie plus en accord avec les canons de l’école de Chicago. Ce sont ceux que les médias occidentaux mettent en avant mais ils sont loin de constituer le gros des bataillons d’opposants.
Car il y a d’autre part les communistes, bien plus nombreux, qui défilent encore derrière des portraits de Staline...Pour rappel personne n’osait se réclamer de ce dictateur à la fin de l’Union soviétique.
Il y a aussi les ultra-nationalistes. On a souvent tendance en France à présenter Vladimir Poutine est un nationaliste et un extrémiste : c’est faux. A l’échelle de la Russie, il est même plutôt modéré. Les nationalistes russes le considèrent d’ailleurs comme laxiste. A leurs yeux il est temps que le Kremlin renoue avec une attitude beaucoup plus dure vis-à-vis des immigrants et de certaines catégories de la population. Vladimir Poutine constitue un garde-fou par rapport à ces revendications et il faut bien en être conscient.
Au total cette disparité implique qu’il n’y a pas d’union possible entre les différentes factions de l’opposition. D’autant moins qu’il n’existe pas de leader capable de fédérer celle-ci. Une partie de l’opposition a tenté de mettre en place une plateforme commune et une équipe dirigeante, mais cela a été particulièrement contre-productif. Le scrutin électronique, sur fond de polémiques et de divisions, a révélé au grand jour les ambitions de chacun et les divisions.
Alors nombre de Russes sont mécontents. Mais Vladimir Poutine n’en reste pas moins, de loin, l’homme politique le plus populaire de Russie. Il n’a pas de rival crédible. Pour paraphraser de Gaulle le problème derrière Poutine ce n’est pas le vide, c’est le trop-plein.

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