ANALYSES

« Les sanctions internationales ont une efficacité très incertaine »

Presse
11 septembre 2017
Interview de Sylvie Matelly - La Croix

Les sanctions internationales sont-elles efficaces ?


Il est très compliqué de mesurer l’efficacité des sanctions internationales, en particulier les sanctions économiques. La plupart du temps, elles sont présentées par leurs initiateurs comme efficaces parce qu’elles ont permis d’éviter une intervention armée plus coûteuse. La question de leur efficacité réelle divise les analystes suivant les cas, les variables ou l’horizon temporel considéré, en fonction de la méthodologie choisie ou des objectifs initialement fixés. Il est difficile d’isoler l’impact réel de la sanction sur tel ou tel phénomène observé. La question de savoir si cet effet se serait produit ou pas sans la sanction reste toujours entière.

Les sanctions ont-elles permis une sortie de crise dans le passé ?


Elles ont une dimension politique : à un moment donné, on a évité l’escalade et on a calmé le jeu, comme dans le cas de la Russie et de la Birmanie. Par ailleurs, les sanctions sont efficaces parce qu’elles sont susceptibles d’être levées.

Dans le cas de la Birmanie, la politique de sanctions menée par le président Obama a eu pour objectif d’encourager les réformes en cours dans une logique d’incitation plus que de punition. Les États-Unis ont financé différents programmes d’aide. Barack Obama a institutionnalisé cette pratique en multipliant l’imposition de sanctions au début de son premier mandat et en négociant par la suite leur levée progressive.

Dans le cas de la Russie, les sanctions diplomatiques adoptées après l’annexion de la Crimée ont un caractère symbolique : la communauté internationale ne pouvait faire autrement que de marquer qu’une ligne rouge a été franchie.

Dans la plupart des cas, les sanctions économiques ont renforcé le pouvoir en place, à l’instar de l’Iran et de la Russie, et elles ont été systématiquement contournées. En Russie, le secteur agricole russe s’est consolidé du fait de la chute des importations. Une hausse de la production domestique a pu être observée, accompagnée d’un discours patriotique autour du « manger russe » et de destructions de produits agricoles européens.

Et en Corée du Nord ?


 Les sanctions économiques n’ont eu quasiment aucun impact sur la classe dirigeante, qui n’en souffre pas directement, ni même sur la capitale Pyongyang, qui bénéficie de conditions de vie nettement supérieures au reste du pays. Les dirigeants nord-coréens ont pu stigmatiser la communauté internationale, les États-Unis en tête. Au vu des sanctions indispensables mais globalement inefficaces prises contre Pyongyang, la question est de savoir s’il ne serait pas temps de trouver d’autres formes d’incitation et de dialogue.

Les sanctions internationales ont-elles un avenir dans un monde multipolaire ?


Les sanctions sont, il est vrai, d’abord le fait des pays occidentaux : même si les sanctions internationales sont décidées dans le cadre de l’ONU, les États-Unis et les pays européens jouant un rôle moteur dans leur adoption. L’administration Obama a poussé cet instrument au bout de sa logique par le biais du régime d’extraterritorialité mais aussi du fait du rôle central du dollar dans l’économie internationale. Les Européens, jusque-là très suiveurs de la politique américaine, pourraient se montrer plus autonomes. De leur côté, les pays émergents voient dans les sanctions une forme d’ingérence.

L’usage des sanctions dans la vie internationale évolue. Dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, les sanctions ciblées et sélectives contre des individus ou des secteurs d’activité se sont généralisées. À l’avenir, les boycotts de consommateurs ou actions symboliques contre des entreprises ou des États pourraient se développer à l’appel d’ONG, relayées par les réseaux sociaux.
Recueilli par François d’Alançon
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