ANALYSES

La course aux semi-conducteurs, miroir des déséquilibres mondiaux

Presse
30 novembre 2022

Discrets dans les débats avant la pandémie de Covid-19, les semi-conducteurs sont maintenant un marronnier géopolitique. Et pour cause : garante d’une autonomie stratégique, pion au centre des tensions sino-taïwanaises et victime d’une pénurie, la production des semi-conducteurs anime les réflexions géostratégiques. 


La pénurie mondiale de semi-conducteurs, depuis la pandémie de Covid-19, a attiré l’attention sur ce secteur, crucial pour le développement industriel. La croissance du rôle des puces suit l’extension illimitée du périmètre de l’électronique. Elle est appelée à se poursuivre de façon exponentielle avec l’immission de l’intelligence artificielle dans tous les aspects de la vie, des objets connectés à la voiture autonome. Sur fond de course effrénée à la miniaturisation, la pénurie a mis en évidence des déséquilibres technologiques importants entre les grandes zones économiques mondiales, mais aussi l’ultra-concentration des compétences.


C’est en particulier le cas de Taïwan (et dans une moindre mesure de la Corée du Sud), qui produit les semi-conducteurs les plus avancés et représente à elle seule plus de la moitié de la production mondiale. Pour leur part, les États-Unis, en se concentrant sur la conception (où ils entendent rester dominants) ont pris un retard dans les techniques de production qu’ils s’efforcent désormais de rattraper. L’Europe, quant à elle, se concentre sur des processeurs moins avancés en termes de miniaturisation, liés notamment à l’industrie automobile. Elle détient une modeste part de marché mais cherche à se remettre dans la course, par un jeu de partenariats. Enfin, la Chine met en œuvre des moyens illimités pour augmenter sa production et se rapprocher des standards les plus avancés de miniaturisation mais peine à garantir une qualité de production suffisante. 


Un bouleversement de la logique industrielle : réintégrer conception et production


Sur le plan de la stratégie industrielle, la pénurie et la course mondiale dans le secteur bouleversent la compréhension de la dynamique économique et technologique. En effet, la pénurie, qui affecte la plupart des secteurs industriels bien au-delà de l’électronique, illustre l’échelle de temps, en décennies, nécessaire au développement de ces compétences et à leur intégration dans l’édifice industriel. En outre, elle met en lumière l’interaction complexe entre la conception technique, la production industrielle et le soutien politique. C’est le pari qu’ont fait la Corée du Sud et Taïwan à partir des années 1970. Quant aux États-Unis, derrière les zigzags politiques et l’éclatement des sites de production, ils ont néanmoins conservé une position enviable grâce à l’alliance subtile entre universités, agences gouvernementales, grandes entreprises et la Silicon Valley.


La production et l’ultra-miniaturisation en particulier requièrent des compétences extrêmement poussées et des investissements colossaux. La mondialisation à flux tendu a reposé sur la séparation de la conception et de la production, suivant l’idée que cette dernière, qui relèverait de compétences d’assemblage aussi peu rentables qu’inintéressantes, pourrait être déléguée et segmentée à l’infini. S’il y a une part de vérité dans ce jugement, les semi-conducteurs en montrent soudain les limites. La réalité est en effet bien plus complexe. La production et l’ultra-miniaturisation en particulier nécessitent les compétences les plus avancées et des investissements colossaux. Dans l’industrie des semi-conducteurs, la production rivalise facilement avec la conception en termes d’avancées technologiques. Les usines de semi-conducteurs (ou « fabs » dans le jargon) utilisent des techniques très avancées pour produire des circuits intégrés qui reposent sur des transistors à l’échelle de quelques nanomètres.


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