ANALYSES

Essence : «Les prix ont augmenté, mais n’ont pas flambé»

Presse
16 juillet 2019
Interview de Francis Perrin - Le Parisien
Les tarifs à la pompe sont repartis à la hausse depuis début juillet, même si on reste très loin des records de l’automne et du mois de mai derniers.

Ça remonte ! En une semaine, les prix à la pompe ont gagné quelques centimes, selon les chiffres hebdomadaires du ministère de la Transition écologique. Le Sans-Plomb 95 a atteint cette semaine 1,5207 euro/litre, en hausse de 2,89 centimes. Pour le diesel, on est passé de 1,4034 à 1,4227 euro/litre.

Une telle hausse en une semaine n’avait pas été observée depuis plusieurs mois. Mais attention, on reste loin des records de fin mai dernier, lorsque le SP95 avait atteint 1,5943 €/litre, et le diesel 1,4898 €/litre, comme le montre le graphique ci-dessous. Francis Perrin, directeur de recherche à l’IRIS et spécialiste des marchés pétroliers, nous aide à y voir plus clair sur ces fluctuations.

Quelles sont les raisons qui peuvent expliquer ce rebond à la hausse depuis début juillet ?

FRANCIS PERRIN. Il y a plusieurs facteurs. D’abord, les pays de l’OPEP (NDLR : organisation des pays exportateurs de pétrole) ont décidé début juillet de prolonger jusqu’à fin mars 2020 leurs niveaux de production de pétrole, qu’ils avaient réduits fin 2018. Ensuite, l’Iran et le Venezuela voient leur production chuter de manière involontaire, à cause des sanctions économiques américaines. Le troisième facteur, ce sont les tensions dans le golfe Persique, avec notamment plusieurs pétroliers attaqués.

Mais toutes ces raisons étaient déjà valables en juin, alors que les prix avaient baissé…

Oui, mais il y a eu un quatrième facteur ces derniers jours. La tempête tropicale Barry a menacé le golfe du Mexique, où se trouve une grosse production de pétrole en mer. Les pétroliers américains ont évacué pas mal de plateformes qui risquaient d’être emportées par la tempête.

Par ailleurs, la bourse à Wall Street se porte très bien actuellement, et la réserve fédérale américaine a laissé entendre qu’il pourrait y avoir des baisses des taux d’intérêt à l’avenir. C’est bon pour la croissance économique américaine, donc pour la consommation. Il y a aussi eu un nouvel incident avec un pétrolier à Gibraltar.

Y a-t-il aussi des facteurs à la baisse ?

Oui. La production pétrolière aux Etats-Unis est en augmentation continue, grâce notamment au pétrole de schiste non conventionnel. Il y a globalement au niveau mondial un ralentissement de la croissance économique, avec un effet négatif sur la consommation. Ce qui entraîne une baisse possible de la demande en pétrole, et donc des prix.

Plus spécifiquement, les tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine entraînent un risque important. Mais, lors du G20, on a assisté à une sorte de trêve entre Donald Trump et Xi Jinping. Cela peut expliquer un petit rebond des prévisions de croissance, donc de la demande en pétrole.

Comment analysez-vous ce rebond à la hausse, depuis début juillet ?

Les prix ont augmenté, mais ils n’ont pas flambé. Ça aurait pu être le cas en juin du fait des tensions dans le Golfe, mais les facteurs baissiers ont été perçus sur les marchés pétroliers comme plus important que les facteurs haussiers.

Pour les jours à venir, on est plutôt sur une tendance haussière des prix des carburants. Les prix du pétrole ont augmenté ces derniers jours, et ça va se répercuter à la pompe dans les jours qui viennent, d’ici une ou deux semaines maximum.

À quelle tendance peut-on s’attendre pour les semaines d’après ?

Pour la suite, les prix du pétrole ne vont pas flamber d’un seul coup, car il y a des facteurs baissiers assez forts, sauf si ça dérape dans le Golfe avec un affrontement militaire. Pour l’instant, il y a toujours un couvercle au-dessus de la marmite. Mais ça peut exploser dans cinq jours, comme dans un mois, ou jamais. C’est impossible à savoir.

Un tweet de Trump peut aussi avoir des impacts à la baisse ou à la hausse sur les marchés pétroliers, et il y aura d’autres tempêtes tropicales aux Etats-Unis car c’est la saison. Mais ce n’est pas comparable avec une possible guerre dans le Golfe. Globalement, le marché pétrolier reste pour le moment sous contrôle.
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