ANALYSES

Vers un sursaut démocratique de la France ?

Presse
31 mars 2017
À quelques semaines de l’élection présidentielle, le climat devient de plus en plus délétère. Les primaires des deux grands partis ont polarisé les élus vers les extrêmes et divisé les deux forces au pouvoir depuis plus de 50 ans. Les fausses informations alimentant les médias se diffusent avec immédiateté et les brûlots sur internet font tâche d’huile sur des opinions publiques très volatiles. Les citoyens se sentent perdus. Aujourd’hui, les clivages ne sont plus seulement classistes ou résumés à l’opposition gauche/droite mais ils sont devenus intergénérationnels et portés sur la division ouvert/fermé. Réformer de l’intérieur ou quitter l’Europe est ainsi un choix stratégique non réversible, qui implique les futures générations et ne renvoie pas à une simple alternance entre partis.

Un Front national qui se veut séduisant

La victoire de Marie Le Pen devient possible, même si à ce jour elle reste peu probable. En France et en Europe, la lepénisation des esprits et des votes ne cesse de gagner du terrain. Le virage à gauche du programme économique du Front national séduit les milieux populaires exclus de la mondialisation. Le programme nationaliste est en phase avec la volonté de renforcer les frontières dans une mondialisation peu régulée. La désignation de l’étranger, du musulman et de l’immigré, comme causes des maux est une réaction à une société multiculturelle et pluri-religieuse mal assumée ; elle répond aussi à l’attente des djihadistes inculquant la peur et la terreur. Les réseaux et les rumeurs l’emportent sur les informations d’une presse indépendante faisant preuve de responsabilité.

L’anti-européanisme progresse, même si 2/3 des Français sont toujours pro-européens. Ces cinq éléments sont en phase avec la nouvelle donne internationale caractérisée par l’unilatéralisme et l’anti-européanisme de Donald Trump et de Vladimir Poutine – voire aussi de Theresa May –, qui visent à déconstruire l’Europe en évitant qu’elle puisse être une puissance qui pèse dans la géopolitique mondiale.

Des hommes politiques contreproductifs

Dans ce contexte faisant largement penser à l’Europe des années 1930, mais accentué par le rôle du numérique, de nombreux hommes politiques sont largement irresponsables du fait de leur ego et de leurs intérêts électoraux. Ils font ainsi preuve de légèreté face aux fondements de la République, de l’État de droit et des contrepouvoirs nécessaires.

Du côté du gouvernement actuel, il n’existe vraisemblablement pas de cabinet noir et la remontée des informations est celle qui existait déjà chez les prédécesseurs de François Hollande, à commencer par Nicolas Sarkozy. Mais on ne peut évidemment que s’interroger sur les calendriers des affaires. Certains journaux ont en effet été alimentés par des fuites, comme ce fut le cas dans le passé (Chaban-Delmas, Giscard d’Estaing et ses diamants, etc.).

Du côté de François Fillon, qui avait un boulevard pour gagner, ses réactions face aux affaires qui s’accumulent le conduisent à remettre en cause les médias, l’indépendance de la justice et à dénoncer des officines. Plus il est acculé, plus il contre-attaque en faisant le lit du Front national qui réactualise l’amalgame de l’UMP-PS des « tous pourris ». Non seulement le refus de Fillon de passer la main va conduire à sa perte et à celle de son parti, mais ses contre-attaques sont en phase avec Marine Le Pen qui dénonce le « système ».

De vraies valeurs démocratiques

Face aux risques actuels, un sursaut démocratique est nécessaire. La probabilité est grande que les choix des citoyens expriment davantage des haines ou des revanches partisanes que des choix raisonnés. Plusieurs axes sont prioritaires.

1/Une charte sur la transparence et la moralisation de la vie politique (depuis le contrôle des rumeurs au financement des candidats, en passant par les règles sur les pratiques des parlementaires).

2/ Un pacte républicain au nom des valeurs démocratiques et la possibilité d’une cohabitation ou d’une coalition, sur le mode de nombreuses démocraties européennes.

3/ Une déclaration sur les choix stratégiques intergénérationnels et non réversibles, comme la sauvegarde et la réforme de l’Europe.

Dans le contexte actuel, les choix partisans ne viennent qu’ensuite. Ils dépendent des préférences liées à la position sociale et à l’âge, ainsi que de la prise en compte des réformes nécessaires pour que la France soit en phase avec son histoire, tout en affrontant les défis du futur. Ces choix partisans résultent ainsi de la cohérence des programmes et de la capacité à les mettre en œuvre, de la personnalité de ceux qui les portent mais également de leur légitimité.
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