ANALYSES

2013 : quel bilan ?

Interview
23 décembre 2013
Le point de vue de Pascal Boniface
Quel bilan de la scène internationale dresseriez-vous pour cette année 2013 ?
En cette année 2013, il y a pour une fois eu une bonne nouvelle avec l’accord 5+1 avec l’Iran sur son programme nucléaire. Bien sûr, il s’agit d’un accord intérimaire, et donc provisoire, qui reste à confirmer. Mais dans une ambiance internationale plutôt morose, il y a eu un progrès. Le spectre d’une intervention militaire en Iran qui aurait été catastrophique s’éloigne, ainsi que le spectre, qui aurait également été catastrophique, d’un Iran doté de l’arme nucléaire. On assiste à une entame de dialogue et à une reprise des négociations et contacts entre les Etats-Unis et l’Iran. Cet épisode, même si, encore une fois, il doit être confirmé, vient mettre fin à 10 ans de débats intenses et de frictions sur le programme nucléaire iranien, et peut-être viendra mettre fin à 34 ans de brouille entre les États-Unis et l’Iran. Pour une fois que le bruit des battements de tambour s’éloigne de la région et que l’on donne la priorité aux solutions politiques et diplomatiques, celles-ci s’avèrent payantes. Mais en tout cas beaucoup plus prometteuses que les usages de la force, il faut se féliciter de cette nouvelle.

Quelle a été l’image de la France dans le monde au travers de ses OPEX ?
L’année 2013 aura été marquée par des interventions militaires françaises à l’étranger, notamment en Afrique : au Mali à partir de janvier, et plus récemment en Centrafrique. Ce qu’il faut voir, c’est que ces interventions ne marquent pas un tournant néo-conservateur de la politique française, contrairement à ce que disent certains, parce qu’elles ont un cadre légal, soit l’approbation du Conseil de sécurité de l’ONU. Cela n’a donc rien à voir avec les précédentes interventions militaires illégales : elles sont demandées par les pays en question et elles ont l’appui des pays africains de la région. Ce qui m’a frappé au cours de cette année dans les différents déplacements que j’ai pu faire à l’étranger, c’est que notamment l’intervention au Mali est venue restaurer ou apporter de la crédibilité à la France qui a été capable de répondre à une demande des autorités maliennes dans un cadre international et ce, très rapidement. La réactivité et la détermination française ont été remarquées et sont portées à son crédit, même si, bien sûr, cela reste une intervention de taille limitée. Mais ce que l’on entend, par exemple, est que les Américains sont beaucoup plus lents dans leur réaction, et que lorsqu’ils interviennent, ils doivent mettre en place des forces beaucoup plus importantes, beaucoup plus puissantes ; la France, elle, en ressort avec une image de souplesse, de réactivité et de détermination.

La politique américaine n’a-t-elle pas été décevante cette année ?
Ce qui est un peu paradoxal, c’est que lorsque les Américains interviennent trop à l’étranger, on leur reproche leur arrogance, leur interventionnisme, voire leur impérialisme. Aujourd’hui, c’est plutôt l’inverse. On est venu reprocher à Barack Obama sa procrastination et ses hésitations, qui ont été relevées sur plusieurs plans. On met de côté l’accord iranien parce que c’est un accord solide et ce n’est pas du tout un recul, c’est au contraire un progrès. Mais le fait d’avoir tracé des lignes rouges sur les armes chimiques syriennes et ne pas en tenir compte, le fait d’être pris par ses problèmes intérieurs et de ne pas avoir assisté au sommet des pays de l’ASEAN, le fait que l’on parle d’un pivot asiatique de la politique américaine qui ne se traduit pas par une plus grande priorité donnée à ce continent, le sentiment dans le monde arabe et en Europe qu’il y a moins de présence américaine, le fait qu’au Proche-Orient il est impuissant à faire réellement avancer la cause du dossier israélo-palestinien… tout cela interroge sur l’engagement américain qui est mis en doute de par ses différentes hésitations et reculs. Ainsi l’Iran est finalement le seul grand succès de politique étrangère de Barack Obama. En Asie, il y a aussi ce sentiment contradictoire. Du côté des pays asiatiques, s’ils ont peur que les Américains soient trop engagés dans la région, ils leur demandent de choisir entre eux et la Chine et viennent les rendre comptables d’une montée d’une opposition avec ce pays. Mais ils craignent également que les Américains se retirent car ils ont besoin de leur appui, par rapport à une Chine qui s’affirme de plus en plus.
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