ANALYSES

Espagne : Mario Rajoy va-t-il réussir à rester en poste ?

Interview
6 février 2013
Le point de vue de Jean-Jacques Kourliandsky
Pensez-vous que le gouvernement de Rajoy réussira à surmonter « le scandale Barcenas »?

C’est très difficile à dire. Avant même que le conflit éclate, Mariano Rajoy était déjà dans une situation politique délicate liée aux problèmes que connaissent la Catalogne et le Pays Basque ainsi que les problèmes économiques dus à la crise économique et financière. Avec ce scandale qui vient d’éclater, la situation du président du gouvernement va devenir de plus en plus inconfortable. D’autant plus que cette affaire pourrait avoir une incidence sur le taux des prêts internationaux accordés à l’Espagne et sur la stabilité économique du pays.
L’opposition s’est bien entendu mobilisée ; elle a saisi la justice, elle exige des débats au Parlement et elle demande la démission du président du gouvernement. Le président du gouvernement espagnol va se retrouver un peu comme « le capitaine Hadock avec un sparadrap au bout du doigt dont il n’arrive pas à se débarrasser ».

L’opposition espagnole semble favorable à un changement à la tête du gouvernement espagnol. Il y a-t-il une fenêtre dans le paysage politique de l’Espagne pour un regain d’influence du PSOE sur la scène politique?

C’est en tout cas ce qu’espère le parti socialiste espagnol. Toutefois, le PSOE est dans son rôle. Tout parti d’opposition en Espagne, ou dans quelque autre pays, ferait ce que font les socialistes espagnols actuellement : du bruit au parlement, une demande de démission du président du gouvernement et une demande de saisie par la justice. Cela dit, l’incidence électorale à court terme est nulle ; il n’y aura pas d’élections cette année en Espagne. D’autant plus que cela pourrait avoir un effet dévastateur sur la crédibilité financière de l’Espagne qui est dans une situation économique et sociale très délicate en ce moment.
Quant à l’incidence en termes d’image dans l’opinion, elle n’est également pas très perceptible du point de vue de l’influence et de l’audience du socialisme espagnol. Ce que l’on peut constater dans les sondages d’opinion publiés en Espagne, c’est que cette crise ne fait qu’ajouter un caillot de plus dans le pot de la méfiance ressentie par une majorité d’Espagnols à l’égard de leurs institutions et des grands partis politiques. Il y a en effet un décrochage très net du soutien des électeurs à l’égard de leur gouvernement, du Parti Populaire, mais aussi du PSOE. Le mouvement des indignés qui est présent depuis deux ans en Espagne était d’une certaine manière l’annonciateur et le reflet de cette défiance, notamment de la part de la jeunesse qui est la première touchée par le chômage en Espagne.

Quelle est la situation économique de l’Espagne ? La politique de rigueur de M. Rajoy a-t-elle porté ses fruits ?

Des fruits négatifs ! L’Espagne est entrée dans une spirale de rigueur budgétaire à la fois au niveau de l’Etat central, Madrid, mais aussi à l’égard des services publics offerts par les régions, les communautés autonomes. Nous assistons donc à une vague de licenciements très importante qui vient s’ajouter aux effets de la crise économique. Le chômage frôle actuellement les cinq millions de personnes et va probablement dépasser les 26% de la population active, ce qui représente un taux extrêmement élevé. De ce fait, nous ne voyons pas encore très bien quelle serait la perspective d’un rebondissement espagnol à moins de baisser la pression sur la rigueur et obtenir des mesures de relance et de croissance de l’Union Européenne, qui sont d’ailleurs demandées par le gouvernement espagnol comme par l’opposition socialiste. Si l’Europe maintient cette ligne, derrière l’Allemagne, nous ne pouvons qu’envisager un approfondissement de la crise en Espagne sans que pour autant les équilibres souhaités par le gouvernement espagnol et exigés par l’UE et l’Allemagne ne puissent être atteints.
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