ANALYSES

Le Conseil européen du 28 et 29 juin a-t-il permis des avancées concrètes ? Une solution à la crise de la dette se profile-t-elle à l’horizon ?

Interview
17 juillet 2012
Réponse de Fabio Liberti, directeur de recherche à l’IRIS, chargé du suivi de divers aspects du fonctionnement et développement de l’Union Européenne
Au contraire ! Nous assistons à une nouvelle aggravation de la crise de la dette. Les taux d’intérêt demandés par les marchés pour refinancer la dette espagnole et italienne sont revenus aux niveaux de janvier 2012, soit au plus haut de la crise. La réaction des marchés financiers après le sommet du 28 et 29 juin avait été plutôt positive. Les marchés ont essentiellement salué trois choses : le plan de « croissance », l’aide apportée aux banques espagnoles (et la mise en place en parallèle d’un système européen de surveillance bancaire) et la décision, poussée par l’Italie, de mettre en place une sorte de bouclier anti-spread, soit un système d’achat par le Mécanisme européen de solidarité (MES) des titres d’Etats en difficulté pour réduire l’écart entre les taux d’intérêt demandés par les marchés (à condition que ces pays aient mis en œuvre les mesures nécessaires pour réduire les déficits et relancer leur compétitivité).

Actuellement, la situation est en train de déraper à nouveau pour plusieurs raisons. D’une part, la création d’un bouclier anti-spread est loin d’être finalisée. De nombreux détails techniques restent à régler et de surcroit la Finlande et les Pays-Bas - qui sont considérés comme des pays très proches de la position allemande – ont, dans la foulée du sommet, commencé à poser des conditions à la création de ce bouclier. L’image de cacophonie européenne qui en résulte dérange toujours les marchés financiers, qui ne savent plus qui croire. D’autre part l’Allemagne n’a pas encore ratifié le traité qui établit le Mécanisme européen de stabilité (MES). Par conséquent, le mécanisme et le « bouclier » associé ne pourront être activés, au besoin, cet été, la cour constitutionnelle allemande devant valider la compatibilité de ce traité avec la constitution allemande. Et cette dernière a décidé de ne pas se prononcer avant le 12 septembre.

Cela veut dire que pendant le mois d’août – considéré comme favorable aux manœuvres spéculatives en raison des faibles volumes échangées – une nouvelle aggravation de la situation est à craindre.

La complexité technique des solutions apportées, les divergences politiques entre Etats membres, font que même des progrès considérables peuvent vite apparaître comme des rustines incompréhensibles et inefficaces.

De plus la récession approfondie par les mesures d’austérités mises en place par les gouvernements italien et espagnol dégrade le contexte politique. Des efforts très importants sont consentis par les citoyens de ces Etats, sans qu’ils perçoivent la moindre évolution positive de la situation. Ainsi les taux d’intérêt italiens sur dix ans sont revenus au niveau des derniers jours de pouvoir de Silvio Berlusconi. Le risque est de perdre le soutien aux réformes, avec des opinions publiques qui pourraient se tourner vers des mouvements « anti-euro » et/ou anti-européen au sens large. La stratégie de la chancelière Angela Merkel de subordonner les aides européennes à des cessions de souveraineté et à des contrôles rigides des actions des gouvernements a ses limites. Si elle se justifie par les craintes (et en partie les préjugés) des citoyens allemands vis-à-vis des pays méditerranéens, elle ignore le fait que les gouvernements de ces pays doivent aussi rendre de comptes à leurs opinions publiques. Si, en Italie par exemple, un nouveau Berlusconi se retrouvait au gouvernement, ce ne serait pas véritablement dans l’intérêt ni de l’Allemagne, ni de la zone euro.
Pour l’instant, c’est donc un été assez nuageux, et pas seulement au sens météorologique, qui s’annonce.
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