ANALYSES

Attentats de Christchurch : En Nouvelle-Zélande, « il n’y a pas de communautarisme exacerbé religieux, ni de problème identitaire »

Presse
22 mars 2019
Une semaine après les attentats de Christchurch, ayant fait 50 morts au sein de la communauté musulmane du pays, des Néo-Zélandaises ont décidé de porter un foulard ce vendredi pour « l’unité » du pays, imitant ainsi leur Première ministre, Jacinda Ardern, qui était apparue voilée au lendemain de l’attaque.

La Première ministre et de nombreuses Néo-Zélandaises portant un voile en signe de solidarité avec la communauté musulmane, c’est un geste impensable en France, sous peine d’énormes polémiques…

Oui, mais il faut bien comprendre que la société néo-zélandaise est basée sur un modèle communautariste, comme de nombreux pays anglo-saxons. Le recensement de la population inclut par exemple des questions sur l’ethnie, et les habitants n’ont aucun mal à se définir autant par leur communauté que par leur nationalité.

C’est pour ça que l’hommage néo-zélandais diffère de ceux qu’on peut voir en Europe. Dans l’hommage du pays, on identifie clairement qu’une communauté a été visée par l’attentat, donc on appelle à la solidarité envers cette communauté précise.

Mais les Etats-Unis sont aussi une société communautariste par exemple, et on imagine mal une scène similaire…

Oui, le communautarisme ne permet pas d’expliquer entièrement cela. La Nouvelle-Zélande est avant tout une société multiethnique et pluri-religieuse. Surtout, elle a fait l’introspection de son passé, et a défini les Maoris comme le peuple autochtone. Du coup, blancs, asiatiques, chrétiens, musulmans, qu’importe, tout le reste sont considérés comme des migrants. Il y a donc une sorte d’apaisement national autour de la question identitaire.

Les symboles nationaux sont tournés vers la culture Maori, comme le haka bien sûr, mais aussi l’hymne national, qui est joué dans les deux langues officielles (maori et anglais), en prenant soin de toujours commencer par la langue maorie. C’est donc un communautarisme inclusif et en paix avec lui-même.

La déclaration de la Première ministre après l’attentat est d’ailleurs très intéressante en ce sens. Elle a indiqué que les victimes « avaient choisi de vivre en Nouvelle-Zélande. Pour cette raison, ils sont nous. » Des mots qui montrent qu’il n’y a pas besoin d’ethnie ou de s’inclure dans un moule identitaire néo-zélandais pour devenir Néo-Zélandais : juste avoir envie de ce pays.

Le sentiment de tension autour des religions que l’on connaît en France n’est donc pas d’actualité là-bas ?

Il faut bien se rendre compte que la communauté musulmane ne représente qu’1 % de la population du pays, soit seulement 40.000 personnes. C’est une communauté presque invisible, si l’on peut dire, et encore très récente : elle vient principalement des pays d’Asie, tels l’Indonésie, et ne date que d’une vingtaine d’années environ. C’est également pour cela qu’il n’y a pas de débat sur le voile : il n’y a pas de communautarisme exacerbé religieux, ni de problème identitaire.

La religion dominante du pays reste le protestantisme, héritage anglo-saxon oblige, sans compter que de très nombreux Maoris s’y sont convertis. Mais il y a dans le pays une très grande tolérance religieuse, à la fois envers les grosses religions (islam, judaïsme, bouddhisme,…), qu’envers des cultes plus petits et se rapprochant plus de sectes.

La « théorie du grand remplacement », dont l’auteur (australien) de l’attentat était partisan, ne fait pas non plus beaucoup d’adeptes en Nouvelle-Zélande ?

C’est même une thématique inconnue. La seule xénophobie que l’on peut voir vient de quelques Maoris, mais c’est une xénophobie sans grande violence : il s’agit plus de préserver la culture que l’ethnie. Il y a une vraie préoccupation de la faune et de la flore propre à l’île, et ainsi on encourage vivement les nouveaux arrivants à ne pas planter n’importe quoi dans leur jardin mais à privilégier les végétaux locaux. On se soucie bien plus du territoire que de la population en fait.

Ce que vous décrivez, c’est un peu la société parfaite. Comment la Nouvelle-Zélande peut-elle connaître un tel succès ?

Tout d’abord, il s’agit d’un pays très peu peuplé : ce n’est pas l’espace qui manque. Dans une ville comme Christchurch par exemple, qui a subi un exode de population après le tremblement de terre de 2011, les migrants sont vus de façon très positive, car ils viennent repeupler l’espace.

Le pays bénéficie également d’une criminalité très faible et d’une qualité de vie reconnue. Il peut donc facilement accueillir une population immigrée, qui est quand même au cœur de son histoire.

Ensuite, parce que comme on l’a dit, la nation a fait la paix avec son histoire. C’est à ma connaissance le seul pays colonisé à avoir réussi lors de son indépendance à réapproprier et à réinstaller le peuple autochtone au cœur du pays. Le tout sans rejeter, ni avoir un sentiment de revanche envers la période anglaise.
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