ANALYSES

Aux États-Unis, « les démocrates sont divisés, mais moins que leurs adversaires »

Presse
26 juillet 2016
Interview de Marie-Cécile Naves - La Croix
Réunis à Philadelphie pour leur convention, les démocrates tentent de surmonter les divisions apparues pendant la longue course des primaires.

Quel est l’état de division du parti démocrate, après des primaires tendues entre Hillary Clinton et Bernie Sanders ?

Des divisions existent au sein du parti, et la rivalité entre les deux prétendants démocrates les a exposées au grand jour. Je pense néanmoins que les démocrates sont moins divisés que leurs adversaires.
Notamment au niveau des dirigeants. Chez les républicains, il y a de véritables fractures idéologiques au sommet du parti, aussi bien sur les questions économiques que sur les sujets de société.
Chez les démocrates, ces divisions perdurent au niveau des électeurs. Hillary Clinton l’a bien compris, et elle a repris – et va continuer de le faire – certaines propositions de Bernie Sanders. Ce qui la pousse vers la gauche sur certains dossiers, comme la régulation bancaire, les prêts étudiants ou encore la hausse du salaire minimum. Je crois que les partisans de Bernie Sanders réunis devant la salle où se tient la convention depuis lundi à Philadelphie maintiennent une forme de pression dans ce sens.

Dans ce contexte, comment comprendre le choix de Tim Kaine comme colistier, un élu au profil plutôt centriste ?

Ce choix de la part d’Hillary Clinton peut paraître surprenant. L’objectif est clairement de séduire les indépendants, voire les républicains modérés, alors qu’on aurait pu penser que la candidate allait prendre quelqu’un plus à gauche. Comme Tom Perez, ministre du travail, par exemple. Ce qui suggère qu’Hillary Clinton est plutôt confiante sur le fait que l’électorat de Bernie Sanders va se rallier à elle.

Quelle est la source des réticences des partisans du sénateur du Vermont ?

Hillary Clinton reste vue comme une candidate proche de Wall Street et des lobbys, qui donne des conférences très bien payées. Ce qui n’est pas bien perçu au sein d’une partie de la base démocrate.
Il y a sa personnalité aussi. L’ex-secrétaire d’État est distante, peu populaire. Pour tout dire, elle ne passe pas très bien et ne renvoie pas une image de sincérité. Du coup, son discours, qui se veut proche du peuple et des idéaux démocrates, suscite des interrogations, des doutes. D’autant que beaucoup d’argent circule chez les Clinton.

Au final, cette convention s’inscrit-elle dans un schéma classique de fin de primaires, ou fait-elle figure d’exception ?

Je n’ai pas le sentiment que cette campagne ait été particulièrement virulente, côté démocrate. Notamment par rapport à la primaire de 2008 entre Barack Obama et Hillary Clinton. D’ailleurs Bernie Sanders s’est rallié sans problème. C’est un schéma en fin de compte assez classique. Même si cette course pour la nomination opposait un candidat autoproclamé « socialiste » et une ancienne femme de président.

Propos recueillis par Gilles Biassette
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