ANALYSES

Etats-Unis : Primaire longue, unité difficile ?

Tribune
7 juin 2016
La saison des Primaires touche à son terme dans la course à l’investiture présidentielle. Il ne reste que quelques Etats à consulter (dont le plus peuplé, et donc le plus important en termes de délégués : la Californie) et tout sera bouclé d’ici la mi-juin, date des derniers votes. Si Donald Trump s’est autoproclamé candidat des Républicains suite au retrait de tous ses rivaux, et a commencé à engager un processus d’unité du parti derrière sa candidature, la course n’est pas encore officiellement terminée, puisqu’il lui faudra confirmer son succès à l’occasion de la convention républicaine. Difficile cependant d’imaginer comment le scénario d’une non-investiture de Trump serait possible.

Côté démocrate, les doutes sur la candidature d’Hillary Clinton sont également levés depuis longtemps, en dépit du maintien dans la course de Bernie Sanders jusqu’à la fin de Primaires que l’ancienne First lady n’imaginait sans doute pas aussi longues et difficiles. Ce qui était au départ perçu comme une marche triomphale à travers les Etats de l’Union s’est transformé en une bataille acharnée contre un candidat que personne n’aurait vu en mesure de faire durer ainsi le suspense. On note ainsi que dans les deux partis, le choix du candidat fut un exercice long et difficile, au point d’oublier que nous n’en sommes même pas à mi-chemin de la route qui mènera à l’investiture de celle ou celui qui remplacera Barack Obama en janvier prochain.

Dans les deux camps, la lutte fut surtout âpre, en particulier côté républicain, invitant de nombreux observateurs à s’inquiéter des risques de dispersement, et donc de difficulté pour le candidat choisi à réunir le parti autour de son nom. Il s’agit d’un avis sur lequel nous pouvons porter un autre jugement, et dont l’histoire récente américaine nous offre par ailleurs un excellent contre-exemple. En 2008, le sénateur John McCain sortit très rapidement vainqueur des primaires républicaines, et entra en campagne dès février face à son opposant démocrate. Mais il lui fallut attendre les dernières semaines des primaires du parti de l’âne pour connaître le nom de son adversaire. La lutte opposant Barack Obama à (déjà) Hillary Clinton fut en effet longue, parfois violente, au point qu’on pouvait alors imaginer que le candidat républicain partait avec une belle avance. S’ajoutait à cela le profil atypique de Barack Obama, candidat peu connu avant de se lancer dans les primaires, et suscitant encore le rejet au sein d’un électorat et d’un establishement qui voyaient dans Madame Clinton un refuge (rappelons qu’une immense majorité des super délégués porta initialement son choix sur Clinton, et non Obama). Il s’agissait au total d’une majorité des électeurs démocrates, certes d’une courte tête, puisqu’Hillary Clinton remporta au final plus de voix que Barack Obama (avec une avance de 300 000 voix à échelle nationale), qui dut ainsi sa victoire à la répartition des délégués (2277 contre 2015). La primaire démocrate de 2008 fut ainsi plus serrée que les deux primaires de 2016. On connait la suite, Obama fut élu face à McCain en novembre.

S’il ne saurait être érigé en règle, cet exemple semble démontrer à lui-seul que l’argument selon lequel de longues primaires rendent plus difficile l’unité du parti autour du candidat désigné lors de la convention n’est pas valable. On le voit déjà côté républicain, avec les ralliements derrière Trump, certes sans grand enthousiasme, de tous ceux qui veulent faire barrage au retour des Clinton à la Maison-Blanche. Et côté démocrate, Madame Clinton a changé de ton au cours des dernières semaines, en dépassant les primaires pour se présenter comme la candidate déjà désignée de son parti, refusant même un énième débat avec Sanders et portant ses attaques sur le candidat républicain. Là aussi, on imagine difficilement les soutiens du très progressiste Sanders choisir Trump au détriment de Clinton, même s’ils ne sont ni enthousiasmés par l’ancienne First Lady, ni convaincus par la capacité de jugement de l’ancienne Secrétaire d’Etat.

En 2008, la longue primaire démocrate avait eu un effet positif pour le parti de l’âne, qui avait occupé l’espace médiatique et politique, tandis que McCain était dans l’attente de savoir sur qui il pouvait porter ses attaques. Il fut ainsi écarté des débats pendant de longues semaines au détriment de Clinton et Obama. Sa victoire précoce et l’unité assez facile de son parti autour de sa candidature ne lui apportèrent ainsi non seulement pas le moindre avantage, mais détournèrent en plus les regards qui se portèrent sur une primaire passionnée et à bien des égards passionnante. McCain aurait-il été plus en mesure de rivaliser si la primaire républicaine avait été plus longue ? Seuls des romanciers pourraient tenter d’y répondre. Mais il est en revanche certain que la lutte acharnée que se livrèrent Clinton et Obama fut utile à ce dernier, qui profita d’une couverture médiatique exceptionnelle de janvier à novembre 2008, soit pendant tout le processus électoral.

Donald Trump et Hillary Clinton ont parfaitement conscience qu’une fois la séquence des primaires terminée, c’est une autre campagne qui commence, encore plus dure, encore plus violente, mais avec le Graal au bout. Mais à l’inverse de la situation de 2008, ils sont aujourd’hui l’un et l’autre dans une situation assez semblable, et sont ainsi parvenus à occuper l’espace médiatique sans pause depuis janvier. De bons calculs donc, mais sur lesquels aucun des deux candidats n’a pris l’avantage sur l’autre. Un partout, la balle au centre, la partie ne fait vraiment que commencer.
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