ANALYSES

« L’Occident a perdu le monopole de la puissance sportive »

Presse
1 mars 2015
Le XXIe siècle sera sportif ou ne sera pas », dites-vous en ouverture de l'ouvrage. À quoi mesure-t-on l'importance prise aujourd'hui parle sport ?
Le sport est devenu un élément essentiel de la vie sociale et également internationale, et il n'est plus, possible aujourd'hui de l'ignorer. Même Laurent Fabius, qui n'est pourtant pas un supporteur, a nommé un ambassadeur pour le sport : il veut faire de la « diplomatie sportive », comme il l'a baptisée, un aspect parmi d'autres du rayonnement de la France. On voit bien que les États intègrent de plus en plus le sport à leur diplomatie : c'est un moyen de démonstration, et aussi d'affermissement des identités nationales. Les champions sportifs sont d'ailleurs devenus les citoyens les plus connus de notre village global. Rares sont ceux qui pourraient citer le nom du premier ministre de la Jamaïque ou du Portugal, alors que Cristiano Ronaldo ou Usain Bolt sont universellement connus.

Cette domination du sport est-elle récente ?
Le sport a conquis sa place graduellement depuis la renaissance des jeux Olympiques à la fin du XIXe siècle En 1930, le magazine L'Auto consacrait à peine 18 lignes à la première Coupe du monde de football. Aujourd'hui, même les journaux généralistes publient des pages entières. Avec l'accélération des communications, il y a une relation physique directe entre développement du sport et mondialisation Pensez qu'en 1962, les bobines de la Coupe du monde parlaient du Club par avion et que les matchs étaient retransmis le lendemain. La radio, la télévision ont créé depuis des stades universels. Inversement, le sport accélère la mondialisation, elle permet de faire connaître de nouveaux pays.

À l'image du Qatar, qui détient désormais 70 % du PSG, possède une chaîne de télévision sportive et accueillera la Coupe du monde de football en 2020.
Le Qatar est un petit pays très riche, donc très fragile, soumis aux appétits de ses voisins. Il a décidé de miser sur le sport, entre autres choses, pour assurer sa protection souveraine. Il sait bien que son armée ne suffirait pas face à l'Arabie saoudite ou à l'Iran. D'où l'idée d'exister par le sport - ce qui est aussi un investissement beaucoup moins coûteux.

De nouveaux pays émergent donc sur la scène sportive. En est-ce définitivement terminé de la domination occidentale ?
L'Occident a perdu le monopole de la puissance sportive : on assiste à une multipolarisation, notamment pour l'organisation d'événements sportifs mondialisés, récemment en Russie, en Chine, en Afrique du Sud. La part des médailles occidentales diminue également aux J.O. ; c'est moins le cas de la Coupe du monde de foot, où le palmarès se renouvelle encore peu... Le Comité international olympique ou la FIFA comptent plus de pays membres que l'ONU un siège à l'ONU assure certes une reconnaissance internationale, mais pour l'opinion publique à la fois nationale et internationale, il donne moins de visibilité qu'un défilé derrière un drapeau lors d'une cérémonie d'ouverture des J.O.

Vous évoquiez la politique du ministre des Affaires étrangères français, Laurent Fabius. Est-ce nouveau pour la France de faire du sport un enjeu de politique étrangère ?
La France a été en réalité pionnière. Pierre de Coubertin, en recréant les jeux Olympiques en 1896, avait pour objectif de contribuer à la pacification internationale mais également de préparer physiquement la jeunesse française à une guerre éventuelle. Par la suite, de Gaulle a eu la préscience, à une époque où le sport était bien moins important que de nos jours, que la France ne pourrait rayonner si elle était humiliée dans l'arène sportive. Mais les élites françaises ont traditionnellement une réticence, voire un mépris pour le sport. Le volontarisme de Laurent Fabius est nouveau. Un comité sportif international a été créé, il se bat notamment pour la candidature de Paris aux J.O. de 2024. Souvenez-vous des Londoniens, tellement fiers et heureux d'accueillir le monde entier en 2012. On voit bien les enjeux colossaux de ce type de manifestation en termes de mobilisation populaire.
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