ANALYSES

« Nous avons tort de toujours considérer la Russie avec un œil aussi méfiant, alors qu’elle n’a aucune hostilité vis-à-vis de la France et que c’est le plus gros marché européen »

Presse
7 décembre 2011
- L’Est républicain
Le parti « Russie unie » de Vladimir Poutine est en forte baisse. Comment analysez-vous ce revers ?

C’est une érosion normale. Un parti, au pouvoir depuis onze ans, qui recule de 14 %, ça n’a rien d’extraordinaire ! Si en France, l’UMP ou le PS pouvait se prévaloir d’un score de 49 % dans les urnes après une aussi longue période, on serait très heureux rue de La Boétie ou rue de Solférino. Effectivement, « Russie unie » enregistre un recul. Pour autant, ce parti est toujours et de loin la première formation politique du pays.


Au prix, tout de même, de fraudes relevées par les observateurs de l’OSCE, l’organisation pour la sécurité et la coopération en Europe…

L’OSCE parle de bourrage d’urnes, sans préciser dans quelle proportion. Deuxièmement, ce bourrage d’urnes ne va pas toujours dans le sens de « Russie unie », mais aussi dans celui du Parti communiste. Je ne suis pas con-vaincu que le différentiel est si important qu’on le dit.


Pour vous, la Russie reste largement poutinienne ?

Oui. De même qu’avant 1917, le peuple était derrière son tsar mais pas nécessairement derrière le gouvernement, les Russes aujourd’hui gardent leur faveur à l’égard de Vladimir Poutine s’ils soutiennent un peu moins son parti.


Et le Parti communiste est en embuscade…

Il n’a pas pris de voix. Lors des derniers scrutins locaux, le PC a montré qu’il avait un socle de 15 à 25 % des voix selon les régions. Il est à sa hauteur normale. Et de toute façon, il aurait beaucoup de mal à s’allier avec un autre mouvement. Les Russes savent ce que le communisme leur a coûté. Or, seule une coalition pourrait s’opposer à « Russie unie ».


Au prochain tour, Poutine redeviendra donc président et Dmitri Medvedev, Premier ministre. Ces élections n’y auront rien changé ?

Non seulement, c’est acquis mais c’est souhaité. Dans les années 90, le produit intérieur brut de la Russie a reculé de 40 %. Par comparaison, le PIB de l’Union soviétique n’avait diminué que de 25 % à cause de la guerre. Les Russes sont infiniment reconnaissants à Poutine d’avoir remis le pays en état de marche : entre la liberté dans l’anarchie et la prospérité dans l’ordre, ils ont choisi. Poutine incarne aussi le retour de la Russie sur la scène internationale.


Et le népotisme, la corruption ?

Les Russes admettent que les amis du pouvoir soient récompensés dans la mesure où le redressement économique profite à tous. Une véritable classe moyenne a émergé. Renault, par exemple, espérait atteindre son niveau d’avant 2008, en termes de ventes de voitures, en 2013. Il l’a déjà récupéré. La Russie, c’est 550 milliards de dollars de réserve. Son taux d’endettement n’est que de 7 %. Elle a un excédent budgétaire. Tout cela explique la popularité de Poutine.


Son image en France n’est pourtant guère reluisante…

Nous avons tort de toujours considérer la Russie avec un œil aussi méfiant, alors qu’elle n’a aucune hostilité vis-à-vis de la France et que c’est, avec 140 millions d’habitants, le plus gros marché européen.

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