ANALYSES

Lutte contre l’évasion fiscale en Europe : Les décisions prises seront-elles appliquées ?

Presse
23 mai 2013
Que faut-il attendre du Conseil européen ? Peut-on espérer un front uni dans la lutte contre l'évasion fiscale ?



Je reste très pessimiste sur l'application des décisions qui pourront être prises aujourd'hui. Mais il est vrai que les événements poussent les pays à faire le forcing, notamment la France. L'opinion publique a été échaudée par l'affaire Cahuzac, y compris hors de France où l'information a été médiatisée. Le dossier Cahuzac a pris une dimension européenne. Ces pays ont eu la perception d'un ministre du Budget qui, la veille de ses aveux encore, indiquait qu'il fallait lutter de manière rigoureuse et vigoureuse contre la fraude. Cela a été un choc pour beaucoup de gens. De fait, il y a la volonté de prouver aux citoyens que les gouvernements se bougent. La seconde raison est liée à la crise. Dans une période où les budgets sont resserrés, la fraude fiscale prend un relief particulier qui justifie que des mesures soient engagées. Dans ce contexte, je crois que des décisions seront donc arrêtées aujourd'hui.


Luxembourg et Autriche bloquent toute velléité de consensus de levée du secret bancaire ? Pourquoi ?



Parce que c'est leur fond de commerce en quelque sorte, même s'ils s'en défendent. Le secret bancaire fait fonctionner depuis très longtemps les banques autrichiennes avec une vieille technique de blanchiment inventée par Franklin Jurado pour blanchir l'argent de la drogue colombienne qui passait par des comptes anonymes autrichiens. Même si on n'est plus sur des comptes anonymes, on se trouve face à un secret bancaire très puissant bien utile à certains. Le fait d'y mettre fin signe aussi la fin d'une grosse activité financière.


Peut-on espérer des règles strictes d'échanges de données bancaires avec l'Andorre, Monaco, San Marin...?



En tout cas, sur le papier, les annonces iront dans ce sens parce qu'on ne manquera pas de les évoquer. Mais, une fois encore, je reste bien pessimiste quant à l'application de ces accords. Je donne rendez-vous dans quatre ans pour voir où on en est. Voilà quatre ans, j'avais déjà dit que rien ne changerait en la matière et, effectivement, rien n'a bougé, malgré les déclarations de Sarkozy notamment.

De toute façon, l'échange automatique des comptes n'empêchera pas pour autant les prête-noms, les sociétés écrans. ça empêchera seulement les particuliers d'ouvrir des comptes en leur nom propre.


 

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