ANALYSES

Japon : Shinzo Abe veut doper les relations stratégiques avec l’UE

Presse
6 mai 2014

Entretien avec Edouard Pflimlin, chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et spécialiste de politique de défense japonaise. En tournée européenne depuis le 29 avril, le Premier ministre japonais Shinzo Abe sera à Bruxelles mercredi 7 mai pour le sommet Union européenne-Japon. Au menu : l’accord de libre-échange avec l’UE et la question sécuritaire.


Shinzo Abe est en tournée européenne et doit se rendre à Bruxelles mercredi. Quel sont les objectifs de cette visite ?



Shinzo Abe souhaite renforcer les relations entre le Japon et l’Union européenne selon deux axes : l’axe économique, essentiel parce que la politique économique de Shinzo Abe – les Abenomics – fonctionne relativement bien mais pas suffisamment. La croissance japonaise est assez modeste (1,6%) malgré les relances budgétaires et monétaires. Shinzo Abe veut donc conclure un accord de libre-échange le plus tôt possible avec l’Europe, si possible d’ici 2015. Cet accord permettrait de doper les relations bilatérales.


Le deuxième axe est plutôt stratégique ou sécuritaire : le Premier ministre japonais veut d’abord sensibiliser les Européens aux problématiques qu’il rencontre en Asie, notamment avec la Chine ; il veut également développer, depuis son arrivée au pouvoir, les relations bilatérales de sécurité non seulement avec l’UE dans son ensemble mais avec certains États européens plus spécifiquement. Je pense notamment au Royaume-Uni et à la France, afin de lancer des coopérations assez ciblées sur certains types d’équipements militaires par exemple.


Sur quoi vont surtout porter les négociations autour de l’accord de libre-échange entre l’UE et le Japon ?



L’objectif est de passer l’accord de libre-échange à une échelle beaucoup plus grande, ce qui n’est pas encore garanti.


Les négociations butent en effet généralement sur la question de l’ouverture du marché japonais, qui est assez fermé dans plusieurs secteurs comme l’agriculture ou les infrastructures de transport. Il y a beaucoup de barrières – tarifaires ou non – imposées par le Japon et qui posent des difficultés aux entreprises européennes qui souhaitent percer sur le marché japonais.


A l’inverse, la firme japonaise Hitachi a pu s’implanter dans le domaine ferroviaire au Royaume-Uni et y installer son siège mondial des activités ferroviaires à Londres. La réglementation japonaise peut également paraître assez opaque dans certains secteurs et être un frein à l’importation d’entreprises européennes sur place.


Lundi, il y a néanmoins eu un petit accord avec la France en matière nucléaire pour développer un réacteur nucléaire de quatrième génération, domaine dans lequel la France a une bonne expertise.


En accélérant le processus de négociation de cet accord, Shinzo Abe cherche-t-il à faire contrepoids au projet d’accord de libre-échange entre l’UE et les États-Unis ?



Ce n’est pas tellement pour faire contrepoids à cet accord transatlantique mais c’est vraiment un intérêt assez pragmatique du Japon pour essayer de doper son économie et sa croissance qui pointe à 1,6%, chiffre assez modeste, surtout dans la zone Asie. S’il s’agit de « contrer » quelqu’un, c’est plutôt l’ambition chinoise en matière économique.


Concernant le volet diplomatique, quelle est la position du Japon au sujet de la crise ukrainienne et de la position russe ?



Le Japon soutient tout à fait la position européenne qui est de ne pas reconnaître le fait accompli de l’annexion de la Crimée par la Russie. Il y a donc une sorte d’unité de vue entre le Japon et les Européens. L’annexion de la Crimée présente en effet pour le Japon une certaine proximité avec la situation de confrontation avec la Chine au sujet des îles Senkaku. Tokyo est ainsi solidaire des sanctions occidentales contre Moscou dans la crise ukrainienne.

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