ANALYSES

Venezuela : vers une résolution de la crise ?

Interview
24 février 2014
Le point de vue de Jean-Jacques Kourliandsky
Comment expliquer la vague de contestation que connaît aujourd’hui le Venezuela ?

Le mécontentement qui s’est généralisé au Venezuela est dû à trois raisons essentielles. Premièrement, l’inflation au Venezuela est la plus élevée d’Amérique latine, soit 56% l’année dernière. La deuxième raison est l’absence de produits de première nécessité depuis plusieurs semaines, voire plusieurs mois, tels le riz, le lait, le sucre, le papier, etc. Enfin, l’insécurité est croissante du Venezuela et le pays est devenu au fil des ans le pays le moins sûr d’Amérique du Sud, avec un nombre record d’homicides. A titre de comparaison, le pays est grosso modo deux fois moins sûr que le Brésil. L’assassinat d’une Miss Venezuela il y a quelques semaines avait provoqué une grande émotion dans le pays compte tenu de l’impact social de ce genre d’évènement aussi regardé que les émissions sportives.

Qui compose l’opposition au gouvernement Maduro ? Peut-on parler de plusieurs oppositions ?

Aux éléments cités précédemment, est venu se greffer un mécontentement interne à l’opposition, qui a perdu deux élections importantes l’année dernière, soit une élection présidentielle au mois d’avril et une élection municipale au mois de décembre. Au sein de l’opposition, des éléments radicalisés contestaient la stratégie électorale de celui qui avait été le candidat aux élections présidentielles, Henrique Capriles. A partir du moment où, au début du mois de février, des étudiants ont manifestés contre la violence et contre la délinquance (une étudiante ayant été sexuellement agressée dans une université), l’opposition a saisi cette opportunité pour essayer de réaliser une sorte de troisième pouvoir non-électoral en vue de provoquer la chute du gouvernement. C’est pourquoi, cette branche de l’opposition a mis en place une stratégie non seulement de soutien aux manifestations étudiantes, mais aussi d’impulsion aux occupations de rues et aux tentatives d’occupation d’un certain nombre de ministères. Autour de ces manifestations est apparu un nouveau leader, issu de la partie la plus radicalisée de l’opposition, Leopoldo Lopez.
La situation aujourd’hui est dans une sorte d’impasse, étant donné que le gouvernement a répondu aux manifestations par une violence supérieure, exercée par des groupes que le gouvernement contrôle à peine. Il y aurait eu une dizaine de victimes lors des dernières manifestations. Pourtant, cette semaine, une possibilité d’évolution apparaît, le président Nicolas Maduro ayant souhaité s’entretenir avec les leaders de l’opposition. Henrique Capriles est seul à représenter l’opposition, Leopoldo Lopez ayant été arrêté dans des circonstances encore incertaines (on se sait pas si l’arrestation a été négociée ou non). Henrique Capriles a ainsi repris la main sur l’opposition et a tout à la fois condamné les groupes violents qui sont du côté du gouvernement comme la stratégie de la violence qui avait été approuvée par une partie de l’opposition en occupant les rues et en lançant les mécontents en direction des édifices publics. Il a donc accepté d’engager le dialogue avec le gouvernement, en exigeant toutefois que ce dialogue fasse l’objet d’une retransmission télévisée.

Comment se positionnent les autres pays d’Amérique face à la situation au Venezuela ?
En règle générale, il existe une certaine réserve. Quelques gouvernements ont émis des prises de position critiques. Le président conservateur du Chili, Sebastian Piñera qui termine son mandat dans quelques semaines, le président conservateur libéral du Panama, Ricardo Martinelli, et l’opposant colombien Alvaro Uribe, se sont positionnés en faveur des manifestants. L’un des candidats aux élections présidentielles du Costa Rica, le maire de San José, Johnny Araya, s’est également prononcé en faveur de l’opposition la plus radicale. De l’autre côté, Cuba, l’Equateur, la Bolivie, l’Argentine et les pays alliés du Venezuela dans l’Alliance bolivarienne pour les Amériques (ALBA), ont apportés leur soutien au gouvernement du Venezuela. Mais les autres pays, le Mexique ou le Brésil par exemple, restent assez discrets et souhaitent que le Venezuela arrive à surmonter cette crise par la voie du dialogue.
Quant aux Etats-Unis, le président Obama a apporté son soutien aux manifestants, et a demandé au gouvernement de respecter les droits de l’Homme et de cesser les violences. C’est cependant là un scénario habituel dans les relations entre les Etats-Unis et le Venezuela. A la suite de ces déclarations, Nicolas Maduro a expulsé des diplomates nord-américains. Mais les Etats-Unis n’ont pas suspendu leur achat de pétrole au Venezuela et celui-ci n’a pas signalé qu’il allait suspendre ses ventes de pétrole au Etats-Unis. Cet élément pétrolier explique sans doute la relative modération des pays voisins, même si un certain nombre de gouvernements ont communiqué sur la question.
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