ANALYSES

Ukraine : une question de concessions ?

Interview
5 février 2014
Le point de vue de Philippe Migault
L’opposition ukrainienne a demandé hier au président de réduire ses pouvoirs à travers une réforme constitutionnelle. Celle-ci est-elle une voie plus réaliste que des élections anticipées ?

La problématique est la suivante : il est beaucoup plus long de réformer la constitution que de convoquer de nouvelles élections. Donc cette voie constitutionnelle me semble inadaptée dans le contexte d’urgence qui est celui de la crise ukrainienne. Par ailleurs, je ne suis pas convaincu que les formations qui ont une chance de l’emporter aux présidentielles de 2015 accepteront de restreindre leurs futurs pouvoirs si les différentes parties décident de s’accorder entre elles pour restreindre les pouvoirs du Président. Cela me parait une option plus qu’incertaine.

Est-ce que tout cela répond finalement aux urgences et attentes de la population ukrainienne ?

Précisément, la situation ne répond pas du tout à l’attente des Ukrainiens, parce qu’une réforme constitutionnelle, alors qu’on est dans une crise extrêmement grave, qui se prolonge depuis déjà un certain temps, n’est pas un outil politique adapté. Ce qu’il faut, c’est se mettre autour d’une table et discuter, que chaque camp face des concessions. Il y a eu des concessions qui ont été faites par les autorités ukrainiennes, qu’un certain nombre de mains ont été tendues par l’administration Ianoukovitch. L’opposition doit les saisir. Parce que les Ukrainiens sont dans une situation de détresse sociale profonde et qu’il faut en finir au plus vite avec le chaos.

La diplomate en chef de l’Union Européenne, Catherine Ashton, doit s’entretenir avec le président ukrainien. Cette rencontre peut-elle déboucher sur une aide financière de la part de l’Union Européenne ? Qu’en est-il des Etats-Unis ?

Une aide financière de la part de l’Europe est toujours envisageable, mais la question est de savoir à quelle hauteur. La dernière fois, la proposition s’élevait à 610 millions d’euros, ce qui est extrêmement faible par rapport au besoin réel de l’Ukraine. Ensuite, Mme Ashton ne dispose pas à sa convenance des deniers européens. Ce sont les Etats membres de l’UE qui financent ces aides, ce n’est pas Bruxelles qui décide. Donc il faudra qu’elle ait au moins l’accord des grandes capitales européennes pour faire une proposition. Enfin, si cette assistance financière doit se faire sous certaines conditions, comme par exemple la libération de Ioulia Tymochenko, je ne suis pas persuadé qu’on n’en arrivera pas rigoureusement au même stade qu’il y a quelques mois, à savoir un blocage et un refus net du président Ianoukovitch.
Quant à l’aide financière américaine en Ukraine, cela reviendrait à s’ingérer dans l’étranger proche de la Russie, ce qui me semble délicat.

Sur la même thématique