ANALYSES

Etats-Unis : vers un nouveau blocage des institutions ?

Interview
26 septembre 2013
Le point de vue de
Le budget 2014 n’a pas encore été voté par la Chambre des représentants, majoritairement républicaine, ce qui a vivement fait réagir le Sénat démocrate. Cela est-il symptomatique d’un blocage des institutions aux Etats-Unis qui pourrait durer ?
Oui, bien sûr. Il faut l’inscrire dans une confrontation entre la Maison Blanche et le Congrès, notamment la Chambre des représentants. Le blocage actuel s’inscrit dans un contexte très particulier qui est celui de la mise en place de l’ Obamacare , le programme de santé prévu par Barack Obama, qui doit rentrer en application à partir de 2014, mais qui doit obtenir des budgets qui doivent être libérés à partir d’octobre. Les Républicains espèrent mettre à mal ce projet en lui coupant les vivres, car c’est un projet qui devrait coûter 716 milliards de dollars. Le but des Républicains est de montrer qu’ils veulent bien voter un budget afin d’éviter que le gouvernement se trouve incapable de fonctionner, mais en échange ils souhaitent la remise en cause de l’ Obamacare . Après avoir tenté plusieurs dizaines de fois au Congrès de faire voter une abrogation du texte en vain, notamment du fait du Sénat démocrate, ils abattent en quelque sort leurs dernières cartes. On a pu voir hier Ted Cruz, le sénateur du Texas, prononcer un discours de plus de 21 heures contre l’ Obamacare , montrant la crispation violente autour de la question qui existe outre-atlantique, d’autant plus forte car la Cour Suprême a validé d’un point de vue constitutionnel cette loi.

Le gouvernement fédéral est sous la menace d’une paralysie instrumentalisée par les républicains. Quelles sont les conséquences d’un « shutdown » ?
Les conséquences d’un shutdown sont multiples. D’abord elles sont immédiates, à savoir que les fonctionnaires du Congrès, de la Maison Blanche, de l’administration de Washington sont renvoyés chez eux, tout simplement parce qu’on ne peut pas les payer. Si le shutdown dure - en général ce n’est pas le cas -, ce sont les grands programmes publics qui ne peuvent plus être financés tels ceux concernant la santé ou l’enseignement. Tout le monde peut ainsi tomber sous le coup de l’absence de fonctionnement de l’Etat. Le dernier shutdown , qui eut lieu sous Bill Clinton en 1995, s’était réglé relativement vite car l’opinion publique américaine est en défaveur de ce genre de situation. Ceux qui bloquent le bon fonctionnement craignent d’être sanctionnés électoralement. Il faut rappeler que dans un an, il y a les midterms aux Etats-Unis, et déjà un bras de fer s’opère entre les républicains qui pensent que la majorité des Américains sont défavorables à l’ Obamacare , et l’administration et les démocrates qui jouent accusent les républicains de ne voir que leur intérêt politicien du moment, quitte à mettre en péril l’état de marche de la démocratie américaine.
C’est une espèce de jeu intéressant qui rappelle 1995 où Clinton était sorti vainqueur, ce qui l’avait conduit à la victoire électorale en 1996. C’est un pari politique extrêmement difficile que mènent les républicains, l’opinion publique étant plutôt défavorable à ce genre de blocage.

Après la tuerie de Washington, qu’en est-il du débat au Congrès sur l’adoption d’une législation pour encadrer le port d’armes à feu semi-automatiques aux Etats-Unis ?
On revient à ce blocage quasi-systématique entre républicains et démocrates. L’après-tuerie de Newton, dans le Connecticut, en décembre dernier avec vingt enfants tués, était une fenêtre d’opportunité pour faire avancer la législation, notamment sur les fusils d’assaut et les armes semi -automatiques. A ce moment-là, en effet, 58 % des Américains étaient en faveur d’une régulation plus stricte du port d’arme, ce qui est historiquement très fort. Malgré cela, le texte a été vidé de sa substance avant d’arriver au Sénat, qui n’a finalement voté qu’un contrôle plus fort des antécédents des acheteurs d’armes.
Cette fois-ci, il n’y aura pas d’évolution puisqu’au Congrès, il y a encore une majorité d’élus pour qui il n’est pas question de revenir sur le second amendement. Si on n’y est pas revenu avec le drame de Newton, où il y avait une vraie émotion populaire, ce ne sera pas le cas avec la tuerie de Washington, qui est également un drame, mais qui mobilise moins l’opinion publique. Obama du bout des lèvres a tenté de faire avancer le projet, mais il est concentré sur autre chose.
Il n’a pas envie de griller le peu de crédit politique qu’il lui reste sur la question des armes à feu alors que se profile la question du budget, la question de la loi sur l’immigration et celle de la dette mi-octobre, la FED ayant annoncé qu’il faudra relever la dette vers le 17 octobre. Affaibli, Obama veut mettre tout son poids dans ces trois dossiers qui sont pour lui, me semble-t-il, beaucoup plus importants que le port d’armes.

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