ANALYSES

G20 à Moscou : quel bilan pour la Russie ?

Interview
6 septembre 2013
Le point de vue de Philippe Migault
Peut-on considérer le G20 comme une réussite pour l’organisateur russe ? Que peut-on retirer de l’ambiance qui a eu cours lors de ce sommet ?

Ce qui est certain c’est que Vladimir Poutine, a clairement démontré sur ses terres –il est pétersbourgeois d’origine- que la Russie était redevenue une puissance incontournable et c’est un statut que son pays lui doit très largement : Lorsqu’il a pris le pouvoir fin 1999 rappelons le, la Russie était toujours empêtrée dans le dossier tchétchène et s’était déclarée en cessation de paiement un an auparavant.
C’est également une réussite du point de vue russe parce que la coalition que François Hollande et Barack Obama espéraient éventuellement constituer a été d’entrée de jeu torpillée par les déclarations de Herman Van Rompuy, rappelant que la France était seule en Europe à vouloir s’engager militairement. Cette nouvelle dérobade européenne survient de surcroît alors que la Chine, l’Inde, l’Afrique du Sud et de nombreux autres Etats ont fait valoir leur opposition à la guerre...Même le Vatican a jeté son poids –symbolique mais très loin d’être négligeable- dans la balance pour que ces frappes n’aient pas lieu et qu’une solution politique soit trouvée.
Bien entendu, dans ce cadre l’ambiance ne peut être que très faussement cordiale et tendue. Mais c’est le cas systématiquement quand les intérêts puissants de deux parties, dans un cadre commercial, diplomatique ou autre s’opposent frontalement et qu’on ne trouve pas de compromis. C’est un schéma classique des relations internationales.

La Syrie a bien sûr occupé les esprits et les discussions lors de ce G20. Certains disent que Poutine est apparu plus que jamais comme le personnage clé pour imposer une solution politique en Syrie ? Qu’en pensez-vous ?

Vladimir Poutine est le personnage clef pour une raison fort simple : Depuis le début de la crise en Syrie il est le seul qui, systématiquement, a toujours estimé que la sortie de crise ne pouvait être obtenue que par une solution politique, négociée avec l’ensemble des parties prenantes au conflit. C’est une position qui a été déclinée depuis deux ans par la diplomatie russe, position qu’un certain nombre de personnes n’ont pas voulu adopter, considérant que Bachar al-Assad serait aussi rapidement balayé que Kadhafi, Moubarak et Ben Ali. Mais il a bien fallu se rendre à l’évidence. Tout le monde s’en rend compte aujourd’hui, il n’y a pas que les Russes, il y a aussi les Chinois, l’Union européenne. Derrière la volonté française et américaine d’intervention –très limitée d’ailleurs- Paris et Washington affirment qu’eux aussi veulent une sortie de crise par la négociation. Tout le monde est donc, en définitive, en train de se rallier à la position initiale de Vladimir Poutine.

Les tensions russo-américaines n’ont-elles pas atteint à nouveau leur paroxysme ?

Non, je ne pense pas. Parallèlement à ce coup de froid diplomatique, les affaires se poursuivent de manière habituelle entre les deux pays. S’il existe une tension que chacun peut constater on est quand même loin d’atteindre le niveau de crispation qui était celui qui existait au moment de la guerre froide il y a de cela 25 ans.
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