ANALYSES

Le sommet bipartisan de la santé d’Obama : du bras de fer à la réconciliation

Tribune
26 février 2010
Le point de départ de la discussion du sommet était le texte proposé lundi dernier par la Maison-Blanche. Pendant un an, Barack Obama avait laissé le Congrès discuter de la réforme, sans grand résultat. Certes, il ne voulait pas répéter l’erreur de l’Administration Clinton, qui avait voulu élaborer sa réforme de la santé à la Maison-Blanche, en excluant le Congrès. Mais du fait de l’enlisement de la réforme, Barack Obama se devait de reprendre enfin la main dans le débat et de proposer un texte portant son nom. La Maison-Blanche a ainsi présenté son plan (« The President’s Proposal ») – créant un site internet pour l’occasion (2). Ce plan fait la synthèse entre le texte de la Chambre des Représentants voté en novembre 2009, et celui du Sénat voté à Noël dernier – en utilisant toutefois plus le texte du Sénat, plus modéré et donc moins controversé (3).

Ce sommet de la santé devait donc être une réunion bipartisane afin de surmonter les obstacles qui freinent l’adoption de la réforme et confronter les points de vue.
Pour les Démocrates, les objectifs de ce sommet étaient de:
- montrer un Barack Obama ouvert au dialogue, respectant et prenant en considération l’avis des Républicains : en cela, Barack Obama a répondu point par point aux questions des membres du Congrès. Avec la tenue de ce sommet, les Républicains ne peuvent plus dire que le Président ne les a pas écouté, et ne leur a pas donné l’occasion de s’exprimer et de faire des propositions ;
- montrer que le Président est déterminé à faire aboutir cette réforme, et qu’il refuse d’abandonner ;
- respecter au passage une promesse de campagne quant à une transparence des débats.
Pour les Républicains, les objectifs étaient de :
- convaincre les Démocrates de repartir de zéro, et non des textes votés à la Chambre et au Sénat ;
- éviter que l’Administration Obama utilise la procédure de « réconciliation budgétaire » qui permettrait de faire passer la loi avec une majorité simple (et donc sans l’accord des Républicains).

Après sept heures de débat, le bilan est plutôt mitigé. Le sommet bipartisan a fait place à un dialogue de sourds. Les médias américains, notamment les chaînes de télévision, ont d’ailleurs rapidement perdu l’intérêt de suivre en direct ce sommet (4).
Si Républicains et Démocrates s’accordent sur les objectifs finaux, à savoir que le système actuel n’est pas tenable et doit donc évoluer, la question du « comment » est loin d’avoir été résolue.

La conclusion de ce sommet est vague et peut décevoir tant les Démocrates, qui auraient voulu voir Obama utiliser à cette occasion la procédure de « réconciliation », que les Républicains, qui n’ont pas réussi à convaincre le Président de repartir de zéro et n’ont pas obtenu la promesse qu’il n’utiliserait pas la procédure de « réconciliation ».
In fine , les membres du Congrès n’ont que quelques semaines pour avancer, car Barack Obama a clairement signifié son intention de faire adopter un texte, avec ou sans le soutien des Républicains.
C’est donc par cette fameuse procédure de « réconciliation budgétaire » - qui permet au Sénat de faire adopter les textes budgétaires avec une majorité simple de 51 voix (sur 100) au lieu de 60 habituellement requis – que le salut devrait arriver. Une façon de clore le débat, mais qui met à mal la volonté de consensus et de bipartisianisme affichée par Barack Obama …

(1) Cf. le sondage USA Today Gallup : http://www.gallup.com/poll/126191/Americans-Tilt-Against-Democrats-Plans-Summit-Fails.aspx
(2) http://www.healthreform.gov/
(3) Le plan proposé par Obama abandonne notamment l’idée d’ « option publique », trop controversée chez les Républicains et chez les Démocrates conservateurs.
(4) http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2010/02/25/AR2010022504645.html