ANALYSES

Obama et Sarkozy en compétition pour la paix au Proche-Orient ?

Tribune
2 février 2009
Chacun est conscient que la trêve intervenue entre Israël et le Hamas, pour bienvenue qu’elle soit, est fragile. Faute de conclure un accord de paix véritable, tirs de roquettes et bombardements aériens peuvent reprendre à tout moment pour le malheur des populations et le bonheur des extrémistes de tous bords.

L’Europe, premier partenaire commercial d’Israël et premier contributeur d’aide aux Palestiniens, n’est pas sans arguments. Elle a les moyens de jouer un rôle stratégique et politique plus important dans la région si elle se sert de ses atouts et ne se contente pas d’être un « guichet ». Or, pour l’heure, il y a au Proche-Orient un grand écart entre l’importance économique de l’Europe et son faible poids politique.

Paris pourrait-elle accueillir une conférence historique débouchant sur une paix tant attendue ? Ou ne pourrait-elle être simplement l’hôte d’une conférence portant sur l’aide à la reconstruction de Gaza ? Cette reconstruction, faute d’un accord de paix véritable, ne pourrait être que très provisoire et une reprise des violences viendrait de nouveau tout détruire. Le Commissaire européen Louis Michel a déjà indiqué que les contribuables européens étaient fatigués de financer des infrastructures aux Palestiniens amenées à être détruites par la suite par l’armée israélienne.

Mais d’autres problèmes subsistent dans l’optique de cette éventuelle conférence. L’Europe et la France doivent toujours faire face à la contradiction consistant à refuser de négocier avec le Hamas tant que celui-ci n’aura pas reconnu officiellement Israël et renoncé à la violence, alors que le Hamas tient Gaza et a même renforcé ses positions par rapport au Fatah après les bombardements israéliens. Pour être désagréable, le rôle central du Hamas n’en est pas moins une réalité qui doit être prise en compte par les uns et les autres si l’on veut avancer vraiment. Pour le moment, les tentatives de le mettre à l’écart, en pensant que les Palestiniens allaient se détourner de lui, n’ont pas été payantes, bien au contraire.

Nicolas Sarkozy devra également faire un effort en direction de la Turquie, à qui il refuse pour le moment l’adhésion à l’Union européenne, Ankara étant l’un des rares interlocuteurs à être entendu à la fois par Israël et par le Hamas. Demeure également inconnue la nature du gouvernement qui sortira des élections du 10 février en Israël. Ce nouveau gouvernement sera-t-il prêt à accepter des concessions véritables pour aller vers un accord de paix ? Les Européens et la France seront-ils prêts à exercer des pressions si ces concessions apparaissaient insuffisantes ?

L’élection d’Obama et la nomination de George Mitchell - qui s’est signalé dans le passé pour être capable d’une franchise avec les dirigeants israéliens, chose à laquelle les responsables américains ne nous ont plus habitué depuis huit ans -, est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle pour Nicolas Sarkozy. La bonne nouvelle est que les Etats-Unis vont certainement enfin cesser d’être le spectateur passif de la destruction du processus de paix israélo-palestinien. Obama qui, semble-t-il, ne voulait pas faire du conflit israélo-palestinien une priorité n’a désormais plus le choix. Face à l’importance du désastre humain et stratégique après les bombardements de Gaza, il lui faut s’engager. La mauvaise nouvelle est que s’il s’engage vraiment, ce ne sera pas pour jouer le rôle de brillant second d’une diplomatie européenne emmenée par la France.

Mais au final, si Européens et Américains, ainsi que les pays arabes, s’entendent pour signifier aux protagonistes israéliens et palestiniens que la guerre récente est la dernière qu’ils pouvaient accepter et qu’il faut y mettre fin définitivement, sauf à déstabiliser les régimes arabes modérés et faciliter le terrain aux islamistes radicaux et terrorisme, ce serait une si belle victoire qu’elle mériterait et supporterait d’avoir plusieurs pères.