ANALYSES

Aqmi n’a aucun intérêt à tuer les otages

Presse
1 octobre 2010

La chaîne de télévision qatarie Al-Jazira a diffusé jeudi des images des otages enlevés au Niger, dans la nuit du 15 au 16 septembre. Il s’agit des premières preuves de vie des sept captifs, dont cinq sont français. Cette diffusion ouvre une phase de négociation entre Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et le gouvernement français. Interrogé par leJDD.fr, Jean-Vincent Brisset, directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), spécialisé dans l’analyse de la menace terroriste, donne son éclairage sur la signification de ces images.


Que pensez-vous des images diffusées par Al-Jazeera jeudi?

C’est une mise en scène assez classique. Les otages sont assis par terre, en position d’infériorité par rapport à leurs ravisseurs, debout et armés. Surtout, le fait qu’Aqmi ait envoyé ces images montre que le groupe se trouve dans un lieu sûr. Envoyer ce genre de document présente un risque pour eux, celui de se faire localiser.


Pensez-vous, comme le Quai d’Orsay, que la diffusion des images des otages est "un signe encourageant" ?

Oui, tout d’abord c’est la preuve de vie qui était tant attendue. Et les otages ont échappé à des scénarios dramatiques: ils auraient pu être tués tout de suite, ce n’est pas le cas, ils n’ont pas non plus été séparés, et apparaissent en bon état physique. C’est mieux que de voir un otage se faire décapiter en direct. Ces images dénotent aussi la volonté de négocier de la part d’Aqmi, c’est sûr.


Ces images présagent-elles de négociations "très ardues et très difficiles", comme l’a déclaré Roland Jacquard, président de l’Observatoire international du terrorisme (OIT)?

Personne ne peut dire ce qu’il va se passer. Tout ce qu’on peut dire, c’est qu’Aqmi n’aime pas le lien entre la France et l’Algérie, ni la présence française au Niger. Leurs demandes pourraient porter là-dessus. Et s’ils veulent récupérer de la richesse, en argent ou en hommes (par la libération de prisonniers), les ravisseurs n’ont bien sûr aucun intérêt à tuer les otages. Néanmoins, on assiste en ce moment à une cristallisation du rapport de force entre Al-Qaïda et la France, qui est devenue une cible plus importante. La France, comme d’autres pays, a compris que payer pour la libération des otages rendait les terroristes de plus en plus puissants. Donc elle paye moins facilement qu’auparavant. En parallèle, il y a davantage de prises d’otages. Cet été Michel Germaneau a été tué pour envoyer un signal fort au gouvernement français. La tentation demeure, chez Al-Qaïda, de donner des signaux forts au gouvernement français, afin de le mettre en position d’infériorité.

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