ANALYSES

Côte d’Ivoire : «La menace des Etats africains contre Gbagbo change la donne»

Presse
26 décembre 2010
Pascal Boniface - Le Parisien

Sombre Noël en Côte d’Ivoire. Près de 14 000 Ivoiriens ont déjà fui vers le Liberia pour échapper aux violences. Pire, la tension ne cesse de monter. Menacé d’un recours à la force par l’Afrique de l’Ouest, le gouvernement de Laurent Gbagbo a dénoncé hier un complot « inacceptable du bloc occidental, dirigé par la France ».

Il a mis en garde contre un risque de guerre civile. Les présidents béninois, sierra-léonais et cap-verdien sont attendus mardi à Abidjan pour demander, au nom de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao), au président Laurent Gbagbo de quitter le pouvoir en Côte d’Ivoire. Pour Pascal Boniface, directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques, l’évocation d’une possible utilisation de la force militaire constitue sans doute le tournant du conflit.


Que change la menace brandie par les Etats africains de recourir à la force ?

Cela change tout. L’argument de Laurent Gbagbo consiste à dire que les puissances coloniales veulent le chasser. Mais désormais, ce sont les frères africains qui lui demandent de respecter le suffrage universel et de partir. Avec cette menace d’intervention militaire ouest-africaine, la donne change politiquement et stratégiquement.


Les pays africains ont-ils les moyens de le déloger du pouvoir ?

Ce serait une opération assez difficile. S’il est minoritaire dans le pays, Gbagbo dispose toutefois du soutien des forces armées nationales et des milices qu’il entretient. Cette opération pourrait laisser un bilan humain très lourd.


Dans ce contexte, quelle est la marge de manœuvre d’Alassane Ouattara ?

Ses perspectives sont liées à la fermeté du monde extérieur. Sa force réside dans sa double légitimité, en Côte d’Ivoire et à l’étranger. D’autant que, désormais, les Etats ouest-africains soutiennent Ouattara. Ce dernier a donc les moyens de résister.


De son côté, Laurent Gbagbo peut-il tenir longtemps ?

Il court le risque que son armée se divise. L’unanimité et la fermeté de la communauté internationale vont faire réfléchir son entourage. Surtout s’ils se voient menacés d’être déférés devant la Cour pénale internationale.


Ya-t-il des risques de guerre civile ?

Oui. Gbagbo préfère être le président en exercice d’un pays ruiné et en guerre civile plutôt qu’un ancien président. Il peut être tenté par l’escalade de la violence, au risque de mettre son pays à feu et à sang. Il faut souhaiter que son entourage ne le suive pas dans ce délire et l’abandonne. Qu’on lui réserve un exil doré et que la Côte d’Ivoire redevienne le pays prospère qu’il a été.

Sur la même thématique
Le Kenya, un acteur régional majeur
La vision africaine de l’économie bleue