ANALYSES

Accusations d’exactions au Mali : un danger pour la France ?

Presse
24 janvier 2013
Philippe Hugon - BFMTV.fr

L’armée malienne s’est-elle livrée à "une série d’exécutions sommaires" sur des membres des communautés arabe et touareg, majoritaires au sein des groupes islamistes armés ? Les accusations graves, portées mercredi par la Fédération internationale des droits de l’Homme et l’ONG Human Rights Watch, ont été prises très au sérieux par la France, seul pays européen engagé au Mali.


Philippe Hugon, directeur de recherches à l’Institut de relations internationales et stratégiques, décrypte la situation minée dans laquelle se trouvent l’armée et le gouvernement français, seuls véritables soutiens de l’armée malienne. Une amitié qui pourrait se révéler dangereuse si ces exactions sont avérées.


L’armée malienne est accusée d’exactions. Cela vous inquiète-t-il ?

Elles sont, hélas, inévitables… Mais il faut dès maintenant instaurer une vigilance très forte. Elles doivent absolument être empêchées pour deux raisons. Tout d’abord dans un but humanitaire évident : les populations ne doivent pas souffrir. Mais l’autre raison est politique : les Touaregs sont les seuls à pouvoir durablement contrôler le Nord-Mali. S’ils sont victimes d’exactions, ils refuseront toute collaboration avec le pouvoir malien par la suite. Leur rôle est fondamental dans la stabilité du pays.


Comment la France doit-elle gérer ces accusations si elles sont avérées ?

Il ne faut aucune couverture de la part de l’armée française sur ces possibles représailles internes, et très rapidement, il faudra un déploiement des forces européennes pour encadrer et former l’armée malienne à gérer une crise humanitaire. Ensuite, si la situation s’aggrave, il faut que des observateurs de l’ONU ou de l’Union africaine soient envoyés sur le terrain.


Pourquoi la France est-elle la seule armée européenne sur ce terrain ?

C’est une faiblesse manifeste de l’Europe. Si l’on ne soutient pas l’intervention militaire au Mali, on la condamne publiquement. Mais dès lors qu’on la soutient publiquement et qu’on félicite la France pour cela, il faut envoyer des troupes sur le terrain. Il y a clairement une défaillance européenne sur le dossier du Mali.


L’image de François Hollande ne s’est pas améliorée depuis le début de l’intervention militaire. Se trouve-il dans un "bourbier malien" ?

Non, la France n’est pas en mauvaise posture selon moi, et on ne peut pas parler de "bourbier malien". En revanche, François Hollande doit maintenir le cap, car un retrait des troupes françaises n’est évidemment pas envisageable. Il faut s’assurer que les frontières restent bien fermées, afin que les rebelles ne soient pas fournis en vivres et en armes et que les grandes villes puissent être libérées. Ensuite, le maintien de l’ordre devra s’accompagner de projets de développement et de reconstruction, avec l’aide des Touaregs au nord du pays.

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