ANALYSES

Sommet franco-britannique : un point sur le traité de Lancaster House ?

Interview
31 janvier 2014
Le point de vue de Jean-Pierre Maulny
En quoi les Britanniques sont-ils des partenaires stratégiques dans le domaine de la défense ? Une impulsion politique est-elle nécessaire pour renforcer la collaboration franco-britannique, étant donné leurs divergences idéologiques ?

Les Français et les Britanniques sont des partenaires dans le domaine de la défense pour deux raisons. Premièrement, ils ont une conception à peu près identique de l’emploi de la force armée, comme nous avions pu le voir en Libye en 2011 où l’intervention était principalement une opération franco-britannique. Deuxièmement, ce sont des pays qui ont un budget de défense similaire, un même niveau en ce qui concerne leur industrie de défense et qui possèdent les mêmes contraintes économiques pesant sur leur budget.
Face à ce constat, les Britanniques étaient venus voir les Français en 2010 pour leur proposer de mieux coopérer, d’essayer de voir s’ils pouvaient mieux mutualiser leurs équipements et leurs forces en matière de défense. Cette démarche a donné lieu à un traité qui a été signé en 2010, le traité de Lancaster House, qui possède un volet nucléaire et un volet conventionnel. Depuis, Français et Britanniques travaillent ensemble sur ces questions. C’est un sujet relativement épargné par les divergences idéologiques qui peuvent exister entre les deux pays. Il existe pourtant une limite : les Britanniques, notamment pour des raisons de politique intérieure, sont opposés à l’Europe de la défense alors que la France à l’inverse voulait, notamment lors du dernier sommet européen consacré à la défense, relancer ce projet. Mais finalement cette divergence ne pollue pas cette relation bilatérale.

Depuis la signature du traité de défense de Lancaster House en 2010, les deux puissances affichent une solidarité de fait sur le volet nucléaire. Qu’en est-il des autres sujets du traité ?

Un certain nombre de domaines avaient été listés lors du sommet de Lancaster House en novembre 2010. Depuis, les deux pays travaillent sur ces sujets. Par ailleurs, deux autres sommets ont déjà eu lieu depuis 2010 qui sont autant de jalons dans la coopération franco-britannique en matière de défense. Le sommet qui se tient aujourd’hui suit la même lignée. On voit un certain nombre de projets qui sont en train d’émerger qui correspondent à des sujets qui ont fait l’objet de groupes de travail mis en place depuis deux ou trois ans. Lors de ce sommet, les Français et les Britanniques ont franchi une nouvelle étape dans leur projet futur UCAV, c’est-à-dire d’avion de combat sans pilote armé, ils vont également lancer le programme de missile anti-navire léger, ainsi que le projet de drone de lutte anti-sous-marine. Mais ce sont là des projets qui étaient discutés avant le sommet qui se tient aujourd’hui et qui arrivent à maturation.

Le projet de construction d’un missile anti-navire léger fabriqué en commun est dans sa phase de lancement. Cet armement est-il un test pour la « mutualisation » des équipements dans laquelle les deux pays se sont engagés ?

C’est effectivement un test, parce qu’un des aspects du traité de Lancaster House consiste à renforcer la mutualisation dans le domaine des missiles. Le tout se déroule au sein de l’entreprise MBDA qui est principalement franco-britannique. Les Français et les Britanniques se sont mis d’accord sur le fait que cette entreprise devait se développer et devenir plus compétitive pour accroître également les capacités des deux pays dans le domaine des missiles, ce qui passe par des programmes communs et une intégration accrue de l’entreprise. Il existe déjà des missiles qui sont fabriqués en commun, comme le missile de croisière « Storm Shadow », nommé SCALP en français, et le missile air-air Meteor. Le lancement du missile anti-navire léger s’inscrit dans cette dynamique.
Mais il est vrai que l’on peut parler de test car les Français ont un peu traîné les pieds pour lancer ce programme, pour des raisons essentiellement budgétaires. Donc le fait même que les Français aient finalement accepté de lancer le projet vient conforter la coopération franco-britannique.

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