ANALYSES

Quelles sont les options de la communauté internationale pour faire pression sur les groupes armés au nord du Mali ?

Interview
7 juin 2012
Le point de vue de Philippe Hugon
Il y évidemment et toujours la négociation, mais celle-ci passe prioritairement par le retour d’un pouvoir politique légitime au Mali, ce qui n’est pas le cas actuellement.

En dehors de la négociation, l’action militaire est rendue extrêmement difficile et ses chances de résultats sont très aléatoires. Plusieurs options sont possibles, dont celle de l’intervention de la Cédéao qui s’est proposée. Mais celle-ci aura surement une très faible efficacité, car elle est peu adaptée à ce genre de conflit dans le désert et elle doit agir aux côtés de pays directement concernés par les problématiques sahéliennes et sahariennes comme l’Algérie et le Tchad, mais qui ne sont pas membres de la Cédéao. L’autre possibilité, c’est l’intervention des troupes de l’Union Africaine, comme l’a demandé dernièrement son président, et qui pourrait se faire après un avis du Conseil de sécurité des Nations unies. Mais là encore on sait très bien que les troupes de l’Union africaine ont montré historiquement une faible efficacité.

En dehors des négociations ou de l’action militaire, ce qui serait évidemment le plus souhaitable, c’est que les mouvements Touaregs, qui ont certes une certaine légitimité dans leurs revendications de droits et de plus grande autonomie, se dissocient au maximum des groupes djihadistes et des groupes islamistes de type Al-Quaïda, voir même de nombreux membres d’Ansar Din, l’une des branches dissidentes du mouvement Touareg. Ceci permettrait au MNLA de reprendre le dessus. Il serait alors vraisemblablement disposé à accepter une solution soit fédérale, soit de plus grande autonomie de l’Azawad, sans que l’on aboutisse à l’indépendance.

Mais pour l’heure les marges de manœuvre sont très faibles pour éviter ce qui est désormais un risque de « somalisation », ou « afghanisation » de la partie nord du Mali, voir même au-delà, de tout l’arc sahelo-saharien.
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