ANALYSES

Quelle est la portée de l’accord entre le Mali et la Cédéao ?

Interview
24 septembre 2012
Le point de vue de Philippe Hugon
Quel est l’état des lieux au Mali aujourd’hui ?
Différentes factions, milices et mouvances contrôlent le Nord du pays : le Mujao et Ansar Dine qui ont des liens avec Al-Qaïda mais aussi le MNLA. On a donc de fait au Nord une situation de contrôle par les mouvements islamistes, à l’exception du MNLA. Au Sud, on a un pouvoir qui cherche encore sa légitimité et de fortes divisions entre le chef d’Etat intérimaire, le Premier ministre, les ex-putschistes dirigés par Sanogo. Les partis politiques sont eux aussi relativement divisés. Et surtout, l’armée est largement décomposée. La situation dans le pays est donc actuellement assez grave, sans parler du nombre de réfugiés (plus de 200 000 personnes), et du non contrôle des trafics de drogue au Nord.

L’accord, ce dimanche, entre le Mali et la Cédéao (Communauté économique des pays de l’Afrique de l’Ouest) sur les conditions de déploiement d’une force militaire constitue-t-il une avancée ?

Il y a depuis longtemps des négociations. La Cédéao voudrait intervenir au Nord Mali. Les autorités maliennes étaient assez divisées sur ce dossier considérant que la priorité devait être donnée à la reconquête du Nord par une armée nationale. Des questions de souveraineté nationale se posaient mais aussi des questions d’efficacité d’une intervention militaire compte tenu de l’état à la fois d’armement et de désorganisation hiérarchique de l’armée malienne. Cet accord constitue en ce sens une avancée. Rappelons qu’il y a encore deux jours, le chef d’Etat par intérim, Dioncounda Traoré, disait vouloir des négociations. Il accepte maintenant la force armée.

Cet accord marque-t-il le début d’une phase de reconquête au Nord ?

Cette force armée serait située autour de Bamako. Pour l’instant, on n’est pas encore dans une situation de reconquête militaire du Nord. Premièrement, les forces de la Cédéao sont relativement peu armées pour mener ce genre de combats, mises à part les forces du Niger. Ensuite, il est certain que les pays les plus concernés comme l’Algérie ne sont pas présents. Enfin, si la France est présente par des services spéciaux, par le renseignement, et peut apporter un appui logistique, elle est aussi contrainte par des boucliers humains que constituent les otages et ne peut apparaître qu’en seconde ligne. Et les Américains également, présents par une initiative transsaharienne dans cette région. L’heure n’est donc pas à une reconquête militaire du Nord qui de toute façon poserait et posera, si elle a lieu, de nombreux problèmes.
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