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Décès d’Elizabeth II : « Charles devra montrer qu’il est passé des tabloïds aux livres d’histoire »

Presse
10 septembre 2022

Elizabeth II avait une forte stature internationale. En sera-t-il de même pour le roi Charles III ?




L’avantage de la reine vis-à-vis des innombrables dirigeants qu’elle a reçus dans son palais, c’est qu’elle pouvait évoquer l’époque où elle s’entretenait à Buckingham avec Churchill ! Façon de dire que ces soixante-dix ans de règne sont irremplaçables. Ils lui conféraient une légitimité et une profondeur historique dont aucun chef d’Etat ou Premier ministre actuel ne peut se targuer. Charles n’a évidemment pas cette légitimité, qui ne se construit pas en un jour.




Peut-il néanmoins exercer cette sorte de « soft power », ce pouvoir d’influence ?




Il se montrera sans doute un peu plus interventionniste que sa mère. Pas tant dans la vie politique pure que sur les sujets qui lui tiennent à cœur, comme la lutte contre le réchauffement climatique. Un risque, car une part des Britanniques n’est pas favorable à la transition écologique.




C’est une cause qu’il peut promouvoir au sein du Commonwealth ?


Oui. Cela donnerait du sens et du contenu à l’idée de « Global Britain » promu par Londres depuis le Brexit. Concept un brin désincarné, aux relents parfois post-coloniaux, qui consiste principalement à signer des accords de libre-échange. Les enjeux du changement climatique sont beaucoup plus tangibles pour les États défavorisés, ceux du Pacifique notamment, qui subissent les conséquences du développement industriel occidental. Promouvoir une politique environnementale donnerait à Charles III un rôle dans le Commonwealth, dans la défense du Sud et des défavorisés… un peu à la manière de Diana naguère.








Le Commonwealth est-il important pour l’Angleterre ?






Depuis que le Royaume-Uni s’est retiré de l’Union européenne, ce club des anciens membres de l’empire est devenu un élément important de l’identité britannique. Cela permet au pays de retrouver un rôle en dehors du centre de gravité européen… même si c’est avec l’UE qu’il réalise 50 % de ses échanges économiques. Après le Brexit, le Commonwealth paraît plus important pour le Royaume-Uni que celui-ci ne l’est pour le Commonwealth…




Charles III est souverain de quinze États du Commonwealth (sur 56 membres). Cela peut durer ? Certains, comme l’Australie, veulent quitter la monarchie…




Cela tenait parce qu’au moment où Elizabeth a été couronnée, en 1953, la monarchie revêtait encore une sorte de légitimité divine. Charles ne peut pas compter là-dessus, ni d’ailleurs sur une légitimité constitutionnelle : avoir pour souverain le roi d’Angleterre, à l’autre bout du monde, est un tantinet anachronique. Les peuples du Commonwealth se reconnaissaient dans la reine, étaient attachés à elle. Charles devra conquérir les cœurs et les esprits, montrer qu’il n’est plus le mari dans l’ombre de la princesse Diana, qu’il est passé des tabloïds aux livres d’histoire. Le Prince Charles devra devenir le roi Charles III. » Ses premiers voyages dans les pays du Commonwealth, et l’accueil qu’il y recevra, seront scrutés.




Propos recueillis par Henri Vernet pour Le Parisien.

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